Compositeurs, XVIIe s.

Les 15°, 16° siècles sont considérés comme une époque de transition entre le Moyen-Age et les Temps Modernes. C'est durant cette période qu'eut lieu une série de changements politiques, économiques, sociaux et intellectuels
Le compositeur et théoricien italien Agostino Agazzari naît le 2 décembre 1578 à Sienne.Il est célèbre pour son traité Del sonare sopra 'l basso con tutti li stromenti e dell'uso loro nel conserto (1607, « De l'exécution de la basse continue avec tous les instruments et de son utilisation dans un ensemble »), qui est l'un des tout premiers manuels consacré à l'art de la basse continue.
Agostino Agazzari est organiste à la cathédrale de Sienne (1597-1602), maître de chapelle au Collegio Germanico de Rome (1602-1603), puis au Seminario Romano en 1606. En 1604, il devient membre de la célèbre académie siennoise des Intronati (Accademia degli Intronati). De retour dans sa ville natale en 1607, il est de nouveau organiste à la cathédrale de Sienne avant d'en devenir le maître de chapelle, charge qu'il conservera jusqu'à sa mort, le 10 avril 1640. Agazzari compose à la fois des œuvres dans le style ancien (stile antico) de la fin de la Renaissance et dans le style nouveau (stile moderno) du premier baroque. Il est notamment l'auteur d'une pastorale (dramma pastorale), Eumelio(1606), de deux Livres de madrigaux (1596-1600, 1606), de nombreux motets, ainsi que de messes, psaumes et autres pièces de musique sacrée.
Dans son traité sur la basse continue, le compositeur distingue les instruments fondamentaux (orgue, luth, clavecin, théorbe et harpe) des instruments d'ornementation ou mélodiques (luth, théorbe, harpe, cistre, lyre basse, violon, guitare, épinette et pandore). Cette distinction est primordiale, car Agazzari reconnaît que, si toutes les voix d'une composition ont d'ordinaire une importance égale dans la musique de la Renaissance, une conception radicalement neuve émerge dans la musique baroque, où lignes hautes (mélodiques) et basses jouent un rôle contrasté. Agazzari dispense par ailleurs des leçons sur l'utilisation du contrepoint dans l'improvisation de lignes mélodiques sur la basse continue.
Le compositeur allemand Gregor Aichinger est dans son pays un des principaux représentants du style qui exprime la transition de la Renaissance au début du baroque.
Né en 1564 ou 1565 à Ratisbonne (Regensburg), en Bavière, Gregor Aichinger a peut-être étudié avec Roland de Lassusà Munich. Il devient en 1584 organiste de Jakob Fugger à Augsbourg. La générosité de son protecteur lui permet de se rendre en Italie entre 1584 et 1588 (où sa présence est attestée à Venise, à Sienne et à Rome) puis de 1598 à 1600 (à Rome, Pérouse et Venise). De 1601 environ à sa mort, il est vicaire et organiste à Augsbourg. Sa musique, essentiellement vocale et religieuse, manifeste l'influence des maîtres de l'école vénitienne, en particulier celle de Giovanni Gabrieli, dont il avait été l'élève à Venise ; elle couvre tous les genres de la musique d'église : messes, vêpres, madrigaux, sacrae cantiones, magnificat, concerts spirituels... Ses motets, célèbres en leur temps, figurent dans de nombreux recueils contemporains. Ses Cantiones ecclesiasticae (1607) présentent les premiers exemples d'utilisation de la basse continue en Allemagne. Gregor Aichinger meurt le 20 ou le 21 janvier 1628, à Augsbourg.
Le nom d'Allegri est attaché au fameux Miserere à deux chœurs qui faisait partie du répertoire secret de la chapelle Sixtine, et que Mozart transcrivit de mémoire à treize ans, après une seule audition, à la stupéfaction de son entourage. Mais ce Miserere célèbre, et d'ailleurs fort beau n'est pas sa seule œuvre et il ne se situe sans doute pas parmi ce qu'Allegri nous offre de plus intéressant et de plus nouveau. Allegri s'inscrit dans la lignée de ceux qui, suivant l'exemple de Galilei, adoptent pour la musique religieuse le stile rappresentativo et élaborent, dès les vingt premières années du XVIIe siècle, le motet soliste. Ses Concertini (1619), écrits à deux et quatre voix, sont une étape importante dans l'édification de ce genre. Les messes, motets et psaumes (manuscrits) sont plus traditionnels. Ses sinfonie et canzoneinstrumentales font penser aux œuvres similaires de Frescobaldi.
Le compositeur et poète allemand Heinrich Albert est l'auteur d'un célèbre recueil de cent soixante-dix pièces vocales qui font de lui le père du lied allemand.
Né le 8 juillet 1604 à Lobenstein (auj. Bad Lobenstein), en Thuringe, Heinrich Albert s'initie à la composition auprès de son cousin Heinrich Schütz, à Dresde, en 1622. Il étudie le droit à l'université de Leipzig, et complète probablement sa formation musicale avec Johann Hermann Schein, cantor à Saint-Thomas et director musices – directeur de la musique – de cette ville (1623-1626). De 1631 à sa mort, Heinrich Albert est organiste à la cathédrale de Königsberg, en Prusse, où il travaille avec le Kapellmeister de la cathédrale et de la cour Johann Stobaeus (Stobäus). Ses Arien oder Melodeyen, publiés en huit volumes à Königsberg (1638-1650), ainsi que le Musikalische Kürbis-Hütte (1641) manifestent son attachement à la monodie italienne ; ces lieder sont généralement des arrangements strophiques, pour une ou plusieurs voix et basse continue, dont les textes, religieux ou profanes, sont signés par son ami Simon Dach, par lui-même ou par d'autres poètes contemporains. Ces pièces sont fondamentales pour l'étude de la pratique de la basse continue, car certaines parties de la basse sont indiquées par des notes. Heinrich Albert a composé pour la scène deux ouvrages, Cleomedes (1635, dont il ne subsiste que deux airs), et Prussiarchus oder Sorbuisa (1645, perdu), qui comptent parmi les premiers opéras allemands. Il laisse en outre une cantate de concert et plusieurs motets. Il meurt le 6 octobre 1651, à Königsberg.
Compositeur anglais, né vers 1575, actif de 1599 à 1614, John Bennet, est avant tout connu pour ses madrigaux, tantôt légers et festifs, tantôt graves, voire solennels.
On ignore pratiquement tout de la vie de John Bennet, mais la dédicace qu'il inscrit dans son recueil de madrigaux à quatre voix publié en 1599 suggère qu'il est originaire du nord-ouest de l'Angleterre. Dans ses madrigaux, Bennet a parfois emprunté à l'occasion le texte de pièces existantes en les réarrangeant sur des airs originaux. Il n'a cependant jamais réutilisé les airs d'autres compositeurs. Bennet reprend notamment des textes déjà utilisés par Thomas Morley. Il a apporté sa contribution aux Triumphes of Oriana publiés en 1601 par ce dernier – il s'agit d'un recueil de madrigaux composés par 23 musiciens différents – avec son célèbre madrigal All Creatures Now are Merry-Minded. Outre deux volumes de madrigaux, Bennet a composé, en l'honneur de la reine Élisabeth Ire, une pièce vocale avec accompagnement par deux violes, Eliza, her Name Gives Honor, ainsi qu'un anthem en vers, O God of Gods, à l'occasion de l'intronisation du nouveau roi. Il aurait contribué au recueil A Briefe Discourse of the True (but Neglected) Use of Charact'ring the Degrees de Thomas Ravenscroft (1614). Ses madrigaux les plus populaires sont All Creatures Now, Weepe O mine Eyes, Thyrsis, Sleepest Thou ?
Compositeur autrichien né à Wartemberg en Bohême. Heinrich Biber est sans doute l'élève de Schmelzer à Vienne, puis entre comme violoniste au service du prince-évêque d'Olmütz. Engagé par le prince-évêque de Salzbourg en 1673, il devient son vice-maître de chapelle en 1679 et, en 1684, son maître de chapelle, poste qu'il conservera jusqu'à sa mort. L'empereur l'anoblit en 1690, ce qui confirme la très haute réputation dont il jouit parmi ses contemporains. Un siècle plus tard, Burney en parlera encore comme du principal représentant de l'école de violon en Allemagne à l'époque baroque. Et de fait, nul ne l'égala en ce domaine, ni son maître Schmelzer ni son continuateur Georg Pisendel. Doué lui-même d'une très grande virtuosité, il se fit remarquer par son emploi, tout nouveau à l'époque, de la scordatura et des doubles cordes. Ses huit Sonates de 1681 parurent deux ans avant l'opus 1 de Corelli, dont il se distingue par moins de rigueur formelle mais par plus de liberté et par une fantaisie proche parfois de l'improvisation. Ses quinze Sonates du rosaire (Sonaten zur Verherrlichung von 15 Mysterien aus dem Leben Mariae, vers 1674) sont un des monuments de la littérature violonistique du temps. On lui doit aussi de la musique religieuse, dont des Vêpres et des Litanies avec accompagnement instrumental (1693), la Missa Sancti Henrici, dont Mozart devait reprendre le thème du Kyrie dans le choral de La Flûte enchantée, un Stabat Mater a cappella qui devait encore retentir à Salzbourg en 1727, et un remarquable Requiem. De ses opéras, seul a survécu, en manuscrit, Chi la dura la vince (1687). Par ses côtés populaires, dont témoigne la fameuse Sérénade du veilleur (Serenade a 5 mit dem Nachtwächterruf, 1673), il annonce la musique autrichienne du milieu du siècle, et par là le classicisme viennois. Il représente sans conteste, avec Georg Muffat, l'apogée du baroque à Salzbourg, et reste un des deux ou trois plus grands compositeurs ayant vécu et travaillé dans cette ville.
