LE JAZZ ET LA SAMBA

Le samba est un genre musical et une forme de danse populaires du Brésil (la samba, c'est la danse). C'est une musique binaire à quatre temps (4/4) ou à deux temps (2/2), basée sur une rythmique syncopée. Son origine remonte aux années d'esclavage des noirs. C'est une musique de métissage entre les indigènes et les colons. A partir du rythme samba originel se sont construits d'autres styles musicaux : batucada, samba de roda, samba reggae... et, avec le jazz des années 1960, un rythme qui dépassa rapidement les frontières du pays : la bossa-nova, qui est une sorte de samba lente.
Son nom aurait pour origine le terme "semba" qui dans les régions du Zambèze et du Congo, signifie "danse". Initialement pratiquée par les Noirs, la samba est devenu un "sport national" brésilien à partir des anées 50, où elle a assez largement commencé à s'exporter.
Bossa-Nova
C'est un style de musique brésilienne issu de la samba et influencé par le Cool Jazz, considéré aujourd'hui comme un style de jazz à part entière.
La Bossa Nova Apparaît en 1958, avec le disque "Chega de Saudade", de Vinícius de Moraes (paroles) et Antônio Carlos Jobim (musique), interprété par João Gilberto.
En 1959, la sortie du film "Orfeu Negro" de Marcel Camus contribue à populariser le style, mais c'est en 1963, avec l'album "Getz & Gilberto" (Stan Getz et João Gilberto) et la chanson "Garota de Ipanema" (the Girl from Ipanema), qu'il conquiert le public du monde entier.
Des artistes d'autres horizons inscrivent alors la Bossa Nova à leur répertoire : Ella Fitzgerald avec l'album "Ella Abraça Jobim", Frank Sinatra avec "Francis Albert Sinatra & Antônio Carlos Jobim".
L'instrument de base de la Bossa Nova est la guitare. Une seule guitare suffit pour jouer une Bossa Nova, la main droite (ou gauche si l'on est gaucher) produisant un rythme syncopé caractéristique.
Le piano peut éventuellement se substituer à la guitare (ce qui est utile dans les formations de jazz traditionnelles), et le rythme peut être soutenu par une section spécifique, batterie et/ou percussions.
Depuis le milieu des années 1990, de nombreux artistes européens combinent dans leurs créations musique électronique et Bossa Nova. Il en résulte des styles hybrides appelés BossaElectrica ou TecnoBossa, très à la mode dans les bars lounge d'Europe et d'Asie (aux Philippines notamment).
Parmi ces nouveaux artistes Bossa Nova, on peut citer Bebel Gilberto, la fille du co-créateur du style João Gilberto, et le groupe européen "Nouvelle Vague".
Le jazz trouve ses origines dans un mélange culturel, résultat de l'intégration de traditions emmenées d'Afrique du seizième au dix-neuvième siècle par les esclaves, à des méthodes instrumentales harmoniques et mélodiques inventées en Europe. Ce métissage musical qui eu lieu aux États-Unis est à l'origine d'un grand nombre de styles musicaux apparus depuis le 19eme siècle et tout au long du 20eme siècle jusqu'à nos jours.
L'origine du terme jazz n'est pas définie avec certitude et il pourrait y en avoir plusieurs. Ce mot proviendrait, entre autres possibilités, de l'argot américain gism ou gasm synonyme d'énergie sexuelle. Dizzy Gillespie affirmait que jasi exprime l'idée d'un rythme de vie trépidant et sous pression dans une langue africaine. A ses débuts, le terme jazz définissant une musique jouée dans des lieux ou la prostitution était pratiquée, a été associé à quelque chose de sexuel, d'énergique et par analogie au mouvement et à la danse.
A la fin du 19e et au début du 20esiècle, au sud des États-Unis, les ancêtres du Jazz que sont les work songs chantés dans les plantations de coton par les esclaves, ainsi que le Blues, sont considérées comme rustiques, prolétaires et d'assez mauvais renom. Le ragtime dont Scott Joplin est le plus célèbre représentant, est joué au piano dans les maisons closes et les saloons. Le blues est chanté dans les plantations. Seul les negro spirituals et les gospel songs qui sont pratiqués à l'église, bénéficient d'un lieu de diffusion "respectable".
C'est la rencontre de ces différents styles musicaux se mélangeant eux-mêmes aux musiques de marches militaires entendues dans la rue lors de défilés qui fabrique au début du 20eme siècle le socle d'une musique bientôt nommée jazz.
La bossa nova
La bossa nova, signifiant littéralement "nouvelle vague", est née au Brésil vers la fin des années 50. Selon Antônio Carlos Jobim, son principal inventeur avec João Gilberto, elle est issue de la rencontre de la samba brésilienne et du jazz. La samba avait pour sa part été inventée et pratiquée au Brésil par les esclaves noirs amenés dans ce pays par les portugais. Le premier album Bossa Nova de l'histoire est "Chega de Saudade" (1958), la musique étant de Jobim, l'interprétation de João Gilberto et les paroles de Vinícius de Moraes.
Les rythmes de La bossa nova et de la samba sont suffisamment proches pour indiquer leur évidente filiation. La bossa se joue avec une rythmique de type latin donc binaire et non swing, autrement dit ternaire. Sa caractéristique est d'être syncopée et répétitive, à l'image de celle de la samba mais avec un tempo est plus lent et une expression musicale beaucoup plus douce.
L'instrument harmonique de prédilection pour la section rythmique de la bossa est la guitare, qui dans certains cas assure seule l'accompagnement du chanteur ou de l'instrument soliste. En plus des percussions, le piano à lui aussi souvent sa place dans la composition instrumentale de l'orchestre bossa nova. Jobim tenait d'ailleur souvent la partie de piano sur les enregistrements de ses propres compositions.
Les harmonies et les structures de la bossa nova sont issues du jazz et plus précisément du cool jazz, une des principales tendances stylistiques des années 1950. Elles sont parfois même inspirées de la musique classique. Il y a par exemple une véritable parenté ainsi qu'une influence évidente du célèbre prélude n°4 pour piano de Chopin sur la mélodie et l'harmonie du standard How insensitive de Jobim.
Antônio Carlos Jobim raconte qu'Henri Salvador l'aurait inspiré lors d'un de ses concerts, pour inventer la bossa nova, un genre musical qui prendra une place importante dans l'histoire du jazz. Stan Getz, le saxophoniste au son de velour, enregistre en 1962 le célèbre "Desafinado" avec le trio de Charlie Byrd puis un album légendaire en compagnie de Jobim et du couple Gilberto dans lequel se trouve le magnifique standard Girl from Ipanema.
Cette musique apportera au jazz une pulsation rythmique nouvelle ainsi qu'un grand nombre de thèmes originaux comme Corcovado, Você abusou, Recado bossa nova, Black orpheus, Agua de beber, One note samba ou encore Doralice. Le style Bossa nova a été totalement intégré dans la musique que jouent les groupes de jazz et jazzmen actuels, depuis maintenant de nombreuses années.
Latin jazz et Salsa
La Salsa, musique d'influence cubaine, est faite à l'origine pour danser. Elle trouve ses origines dans le "Son" Cubain qui est un genre musical lui même datant de la fin du 19eme siècle. A partir des années 50, l'émigration portoricaine vers les Etats Unis a été intensive. Elle a apportée avec elle les influences des musiques d'Amérique latine; Le boléro (Mexique), Le calypso (Antilles), le reggae (Jamaïque), la samba (Brésil), la musique mariachi (Mexique), la cumbia (Colombie), le joropo (Venezuela), le tango (Argentine), le merengue (République dominicaine).
De nombreux cubains émigrent aux États-Unis après la fin de la révolution cubaine. Les groupes de salsa apparaissent en grand nombre et s'installent sur l'axe New York - Miami - La Havane - San Juan. En Amérique du nord, ce mélange de styles se nomme généralement "latin jazz" ou "salsa" qui signifie « mélange » ou « sauce » en espagnol. Le mot "salsa" est un nom générique englobant une importante variété de rythmes et de styles.
Elle se structure autour de principes rythmiques très précis. Le piano fait tourner une figure répétitive de type ostinato: le "montuno" (prononcez "montouno"). Le principe d'accompagnement de la contrebasse s'appelle le tumbao. Le "clave" est le rythme répétitif propre à cette musique développé par les instruments à percussion. L'orchestre de salsa fonctionne en utilisant ces motifs rythmiques de deux mesures, répétés durant tout le morceau excepté certains "breaks" musicaux.
Sa section rythmique est constituée traditionnellement de la contrebasse ou basse, du piano, des congas, des bongos, des timbales et des claves. Sur cette base rythmique salsa l'improvisation du pianiste ou de l'instrumentiste à vent peut être effectuée dans la tonalité du morceau ou hors de cette tonalité. Lors d'une improvisation hors tonalité on dit alors dans le jargon jazzistique que l'on joue "out".
Porto Rico, qui est une possession des Etats Unis, a adapté la musique afro-cubaine à ses propres traditions musicales et a produit une salsa particulière.
Bebo Valdes, puis son fils Chucho Valdés avec son groupe Irakere sont deux pianistes qui se sont particulièrement illustrés dans ce style. Tito Puente, célèbre percussionniste et multi instrumentiste, enregistre depuis les années 1950 de nombreux albums de salsa avec différents orchestres.
La bossa, c’est de la samba
Ecoutons l’avis de l’immense guitariste et chanteur João Gilberto. Pour les brésiliens, c’est lui qui l’a inventée, avec Antonio Carlos Jobim. João ne dit jamais qu’il joue de la bossa. « Je joue de la samba » affirme t-il simplement. Comment le contredire ! Alors, je me risque : née à Rio, la bossa-nova est une samba, c’est à dire une marche à deux temps syncopée, une musique populaire dont les harmonies (les accords) ont été très enrichies par une vision savante venue de Debussy et du jazz. La section rythmique en est très allégée – il ne doit pas y avoir de pandeiro. L’ensemble se joue « en l’air ». Le chant est droit, sans vibrato ni vibrato, sans pathos.
La bossa n’est pas du jazz
Bien que volée, pompée, tondue par des générations de musiciens américains, la bossa-nova n’est pas du jazz ! Je m’insurge régulièrement quant à la notation des Real Books qui persistent à écrire les bossas en 4/4. La comparaison avec les partitions brésiliennes ne laisse la place à aucun doute : la bossa, c’est du 2 temps, et ceux qui prétendront que c’est la même chose verront leur gueule à la récré !
Mais j’en vois qui froncent les sourcils. Cette définition sans prétention est bien sûr insuffisante. Heureusement, on trouve sur le site Les Brasileiros une interview de Carlos Alberto Afonso, le propriétaire (le conservateur, a t-on presque envie de dire) de la délicieuse boutique d’Ipanema, « a Toca do Vinicius ». Lisez cet article pour en savoir davantage.
A écouter aujourd’hui : Só danço samba, de Antonion Carlos Jobim (musique) et Vinicius de Moraes (paroles), par João Gilberto et Stan Getz.
PS : on peut aussi traduire « bossa-nova » par « nouvelle vague », mais bon, pour quoi faire ?
PPS : à l’éternel débat pour savoir si on devrait dire « la » ou « le » samba (le mot est masculin en portugais), j’ai quant à moi choisi de préférer la pratique française au purisme académique, mon propos étant de faire découvrir la musique brésilienne au plus grand nombre et non de discuter entre savants !
La légende veut qu’Astrud Gilberto n’avait jamais chanté devant un micro au moment de passer en studio en 1963 aux Etats Unis pour enregistrer chez Verve ‘The Girl from Ipanema’- le titre qui allait transformer un mouvement musical carioca en missile international. C’est sans doute vrai, mais à une époque où on ne comptait pas sur les logiciels pour chanter juste, la voix d’Astrud n’a pas peu contribué au succès de l’album ‘Stan Getz & João Gilberto’ et à la gloire de la bossa-nova.
La légende dit aussi qu’Astrud – alors la femme du guitariste et chanteur João Gilberto – avait passé la nuit avec Getz la veille de l’enregistrement. En tout état de cause, ça ne serait qu’une question de date, car elle quitta effectivement João pour le saxophoniste américain. On imagine que le co-fondateur de la bossa-nova ait pu en retirer quelque amertume, après avoir encouragé son épouse à venir enregistrer avec lui…
Astrud quittera Getz quelques années plus tard, lassée par les mauvaises habitudes (alcool et drogues dures) du jazzman. Par la suite, force est de constater que sa carrière alla vite dans le mur. L’enregistrement de Desafinado avec George Michael en 96 et le duo ‘Les Bords de Seine’ avec Etienne Daho sont aussi navrants l’un que l’autre à mon humble avis.
Getz et Gilberto chantent Salvador de Bahia de l’album Best of two worlds, qui réunissait de nouveau João Gilberto, Stan Getz et Tom Jobim, j’ai retenu aujourd’hui la chanson de Gilberto Gil à la gloire de Salvador et sa région : Eu vim da Bahia.
En voici une adaptation libre :
Je suis venu
Je suis venu de Bahia chanter
Je suis venu de Bahia conter
Tant ce qu’il y a de beau là-bas.
C’est à Bahia que j’ai
Mon chez moi
Et ma terre, et mon ciel et ma mer
Bahia qui vit pour demander :
Comment fais-tu pour exister ?