Musique et musiciens de rue
La législation de la musique dans les lieux publics en France
Maxime Morin le 13 février 2020 sur : https://www.livetonight.fr/la-legislation-de-la-musique-dans-les-lieux-publics
Jouer dans la rue est un passage obligé dans la vie d’un artiste, et ce ne sont pas Alain Souchon, Oxmo Puccino ou encore Ed Sheeran qui vous diront le contraire ! Avant de connaître le succès, chacune de ces personnalités a exprimé son art sur les places publiques ou encore dans le métro. Mais attention, si la musique peut dynamiser une place ou un parc, il existe une législation qui va délimiter le cadre de l’expression artistique. S’appuyant principalement sur la notion bruit généré, elle reste floue pour de nombreuses personnes, l’occasion pour nous de faire la lumière sur cette réglementation.
1. La rue, les parcs, places etc…
Que ce soit pour gagner sa vie, tester ses compos ou encore vaincre son trac, de nombreux artistes décident de se produire dans la rue. Mais est-ce vraiment autorisé ?
Afin d’y voir plus clair, il nous faut nous aller regarder du côté du Code Général des Collectivités Territoriales, et plus précisément l’article L2212-2. Celui-ci confère à la police municipale « Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles […] le tumulte excité dans les lieux d'assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage […] et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique ».
Il est cependant possible d’obtenir une autorisation de la puissance publique concernée (Etat ou Collectivité locale) afin de pouvoir se produire. Deux éléments doivent être impérativement présents : Une autorisation d’occupation de l’espace Une autorisation d’ouverture au public Les artistes que vous voyez jouer dans la rue ont-ils toutes ces deux autorisations ? Peu probable étant donné la complexité du processus et la quantité d’informations à fournir (Lien https://www.rocketlawyer.com/fr/fr/fiche-pratique/recevoir-ou-occuper-espace-public-conditions).
Attention, l’occupation d’un espace public sans autorisation est sanctionnable d’une amende pouvant aller jusqu’à 1500 euros. Généralement, les forces de l’ordre vous feront un premier avertissement avant de dresser leur procès-verbal. La suite dépend de vous.
2. Le métro
Les habitués des transports en commun les côtoient tous les jours, certains peuvent se révéler être de vrais virtuoses ; les musiciens du métro sont loin d’être de simples usagers improvisant une scène dans les couloirs empruntés par des milliers d’usagers quotidiennement. Saviez-vous que toutes ces personnes ont dû participer à des auditions au préalable afin de se produire ? En effet, tous les six mois, la RATP renouvelle les autorisations pour les musiciens souhaitant exercer leur passion sur « la plus grande scène parisienne ».
On compte près de 300 accréditations accordées chaque année à la suite de castings ayant non seulement pour objectif de proposer aux voyageurs des animations musicales de qualité, mais également de permettre à de jeunes talents d’émerger.
La RATP a même organisé un concert à l’Olympia, en 2017, afin de célébrer les 20 ans du label « Musiciens du Métro » avec comme têtes d’affiches des artistes se produisant exclusivement sur les quais des stations. Il est donc relativement déconseillé de jouer dans le métro sans autorisation, la sécurité étant très présente dans cet espace, sans parler du fait que vous risquez de vous mettre à dos des artistes qui se sont probablement démenés pour obtenir leur place en toute légalité.
3. Le cas des établissements recevant du public
Dernier cas de figure : vous gérez un lieu accueillant du public et la musique est votre cœur de métier. On parle donc ici de bars, restaurants ou encore de discothèques. En théorie, si vous appartenez à l’une des catégories citées précédemment, vous êtes détenteur des autorisations nécessaires pour diffuser de la musique (en plus de tout un tas d’autres autorisations requises lorsque l’on accueille du public). Par conséquent, intéressons-nous au cadre légal lié à la diffusion de musique.
Licence Diffuser de la musique est un élément participant à l’augmentation de votre chiffre d’affaire ? Vous êtes sujet à ce que l’on appelle la redevance Sacem. En quelques mots, la Sacem est une Organisation de Gestion Collective en charge de la collecte des droits d’auteurs auprès des différents exploitants. Celle-ci reversera par la suite les montants collectés aux différents ayant droit, en l’occurrence les auteurs-compositeurs. Il est important de garder à l’esprit que cette redevance constitue une part importante du revenu des créateurs de musique, sans oublier que les contrôles sont fréquents et peuvent mener à de lourdes sanctions. Plus d’infos sur ce lien (https://clients.sacem.fr/docs/autorisations/RGAT_Discotheques_et_assimiles.pdf)
4. Limite sonore
Durant l’été 2017, le gouvernement met en place un nouveau décret par rapport au volume de la musique diffusé avec pour objectif de « protéger l’audition du public ». Le niveau limite, auparavant de 105 décibels, passe alors à 102 décibels. Pas grand-chose vous direz-vous ? Et bien figurez vous que l’unité de mesure du bruit, le décibel, n’évolue pas de façon linéaire et 3 décibels de moins représente une très grande différence. Ce décret, même s’il est difficilement critiquable puisqu’il vise à protéger nos oreilles, fait l’effet d’une bombe de par les contraintes qu’il impose, notamment auprès des petites salles. En effet, au-delà de devoir ajuster de nombreux paramètres techniques que des ingénieurs du son vous expliqueront probablement mieux que nous, il est désormais impératif d’aménager une « zone de repos auditif » au sein de laquelle le volume sonore n’excelle pas les 80 décibels. Il s’agit donc de gros investissements à réaliser pour de nombreux acteurs du spectacle vivant. Voilà, vous savez tout sur la législation encadrant la pratique de la musique dans les lieux publics. Pour ce qui est du cercle privé, on vous laisse voir ça avec votre voisin !
Ecrit par Maxime Morin
Responsable de la relation avec les artistes, Maxime a rejoint LiveTonight à l'été 2019. Il est chaque jour au contact des musiciens et en charge d'organiser des événements exceptionnels. Guitariste talentueux, fan de rock psychédelique, il rêve un jour de jammer aux côtés de David Gilmour !
Publié le 07 février 2020, mis à jour le 13 février 2020
Jouer de la musique dans la rue, dans un parc ou lieu public
Chaque pays et ville a ses propres règles et lois.
Lire sur : https://www.guilsrecords.com/est-il-autorise-de-jouer-de-la-musique-dans-la-rue-dans-le-metro-ou-dans-les-lieux-publics/
Les rues de Dublin, Galway, Londres, ou encore Paris seraient tristes sans ces artistes, musiciens et “buskers” qui les animent. Les rues, mais également les métros et lieux publics.
Mais… a-t-on le droit de jouer dans la rue, lieux publics, dans le métro, dans les parcs comme bon nous semble ?
Il est donc important de se renseigner, et s’assurer des lois en vigueur avant de vous lancer à chanter dans les rues et ne pas “gêner” l’ordre public (si vous jouez près d’habitations ou de petits commerces, cela peut être dérangeant). Dans certains endroits, il est possible de jouer de la musique en public sans autorisation, tandis que dans d’autres, vous devez demander l’autorisation ou payer une redevance pour pouvoir le faire. Si vous voyagez dans un autre pays, il est recommandé de vous renseigner sur les lois et règles en vigueur dans ce pays en matière de musique en public afin de savoir comment vous pouvez jouer de la musique de manière respectueuse et légale. Il est possible de jouer de la musique dans la rue, en France, de manière occasionnelle et non lucrative, à condition de respecter certaines règles :
Obtenir l’autorisation préalable de l’autorité municipale (mairie, préfecture).
Ne pas utiliser de matériel de sonorisation trop puissant.
Ne pas jouer trop tard le soir ou trop tôt le matin.
Ne pas gêner la circulation et les passants.
Vous avez aussi la possibilité, pendant les périodes estivales, de vous rapprocher d’associations de commerçants, qui organisent et gèrent ces autorisations pour des manifestations extérieures souvent.
Jouer de la musique dans la rue que dit la loi exactement ?
Le code général des collectivités territoriales, article L2212-2, indique que la police municipale a “le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que [..] les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique”. Il y a aussi les règlements des parcs à consulter si vous souhaitez jouer dans des parcs et des jardins.
A Paris, jouer de la musique dans les parcs et jardins est toléré à Paris, tant que cela n’apporte “pas de trouble au confort des autres usagers”. Bien sûr, pas de musique amplifiée après une certaine heure, ni de musique bruyante ou percussions.
L’article 8 de ce règlement Parisien précise : « sont notamment interdits les bruits gênants par leur intensité, leur durée, leur fréquence ou leur caractère agressif, en particulier ceux produits par les instruments de musique et de percussion, et par la diffusion de musique amplifiée, sauf dérogation préalable ».
Ce qui permet globalement de jouer de la guitare sèche.
Vous pouvez donc prendre votre guitare, vous installez tranquillement sur l’herbe et jouer quelques morceaux.
Tant que les décibels ne montent pas et que vous ne jouez pas trois heures, vous ne risquez rien. Il faut aussi que cela soit non lucratif, attention !
Attention à bien lire chaque règlement, car à Paris, c’est toléré, excepté au jardin du Luxembourg, par exemple. « L’usage d’instruments de musique est soumis à autorisation spéciale », mentionne l’article 6 du Règlement.
Peut-on jouer au chapeau dans la rue ou dans le métro ?
Le fait de jouer au chapeau dans la rue ou dans le métro consiste à jouer de la musique en public et à récolter des dons de la part des passants. Dans certains pays, c’est toléré, et dans d’autres, c’est considéré comme de la mendicité et c’est interdit par la loi dans quelques pays. En France, la mendicité dans la rue est devenue licite. “Sauf si elle s’accompagne d’agressivité, de la présence d’un chien dit dangereux, pouvant laisser supposer une menace, ou quand des enfants sont utilisés pour apitoyer les passants. Dans ce cas, la mendicité redevient un délit”, précise Roland Perez, avocat. Certaines villes peuvent quand même mettre en place un arrêté anti-mendicité lorsqu’ils considèrent que la mendicité dans leur ville trouble l’ordre public. Il pourra être nécessaire de demander l’autorisation ou de payer une redevance pour pouvoir le faire. Il est important de se renseigner sur les lois et règles en vigueur dans l’endroit où vous souhaitez jouer au chapeau.
Rappelez-vous que généralement, lorsque vous obtenez l’autorisation de jouer dans la rue, par la mairie, c’est dans un but non lucratif. Renseignez-vous bien alors auprès de la mairie pour avoir les autorisations complémentaires, si besoin.
Si la loi vous en interdit, pourquoi pas en profiter pour juste récupérer quelques mails de passants, ou informer de vos réseaux sociaux pour vous écouter sur une petite pancarte ? Il est également important de respecter les règles et les normes de conduite en vigueur dans les transports en commun, qu’il s’agisse de jouer de la musique ou non. Si vous jouez au chapeau dans le métro ou dans un autre moyen de transport en commun, il est recommandé de ne pas gêner les voyageurs et de respecter les règles de sécurité et de bonne conduite en vigueur. En général, il est recommandé de se renseigner auprès des autorités locales et des sociétés de transport avant de jouer au chapeau dans le métro ou dans un autre moyen de transport en commun.
Que risque un musicien s’il ne respecte pas la loi et joue sans autorisation dans les lieux publics ou métro ?
Au jardin du Luxembourg à Paris, en cas de non-respect, les amendes forfaitaires peuvent aller de 4 à 135 euros, voire 375 euros.
Au Canal Saint Martin à Paris, encore, un article du Parisien nous relate le fais divers de musiciens “amateur”, un peu alcoolisés, qui oublient vite qu’ils ne sont pas seuls et provoquent, au final, l’arrivée d’amendes et de ce type de règlements. Le commissariat indique, dans l’article, qu’«au début, nous observions et nous demandions aux personnes d’aller plus loin ou d’arrêter. Ce qui fonctionne un temps, puis ça recommence. La seule solution est donc de confisquer». La plupart des interventions et des confiscations se déroulaient « aux alentours de deux heures du matin, après accord du greffe du tribunal de police de Paris ». D’un côté, le musicien écope d’une contravention de 1.000 euros. De l’autre, l’instrument part au tribunal de police, dans une pièce dédiée à ces objets, qui serait déjà bien encombrée. Finalement, si ces musiciens avaient été respectueux, la tolérance n’aurait pas été levée.
Dans d’autres situations, les policiers sont plus que tolérants. C’est ce que raconte une fanfare qui a choisi de braver l’interdit lors d’un marché de Noël à Strasbourg. Elle a pu passer trois heures place du Château, sous le regard bienveillant… de policiers, qui indiquent que « Tant qu’il n’y a pas de plaintes, on n’intervient pas». En pratique, il n’est pas rare de voir des musiciens s’installer et jouer librement. Tant qu’il n’y a pas de plaintes, les agents municipaux peuvent être cléments. Mais ils ont le droit de déloger les musiciens, et parfois la sanction peut être plus lourde : amendes, confiscation des instruments et du matériel, arrestation, etc. Il vaut mieux se renseigner auprès de la commune.
Que disent les autres pays ?
Le musicien de rue venant sur Genève, en Suisse est tenu de respecter un certain nombre de règles également. Il faut lire l’article 7A du Règlement cantonal concernant la tranquillité publique (RTP). A Genève, c’est le Service de la sécurité et de l’espace publics (SEEP) qui est en charge de délivrer les autorisations aux musiciens de rues. Bénéfice pécunier ou non, vous devez demander une autorisation pour occuper l’espace public.
Au Canada, le site de Montréal indique que « le permis de musicien, d’amuseur public et de sculpteur de ballons, permet à son détenteur d’exercer ses activités sur le domaine public de l’arrondissement. Les permis de musiciens, d’amuseurs publics et de sculpteurs de ballons ne sont pas contingentés, mais ils sont assujettis à des conditions.” Il faudra donc, comme en France, se renseigner auprès de la commune pour obtenir l’autorisation nécessaire et connaître les règles à respecter en matière de musique de rue. Pour le métro, pas d’autorisation à avoir au moment où j’écris cet article. C’est un peu le premier arrivé qui peut jouer. Il faut quand même respecter les emplacements autorisés, signalés par une lyre.
En Irlande, vous entendrez parler parfois de “Busking”, qui est une représentation musicale publique et gratuite en pleine rue. Ces musiciens de rues sont généralement appelés « Buskers ». Ici, pas d’autorisation à avoir, c’est toléré par les autorités irlandaises tant que le niveau sonore reste acceptable. Certains endroits par contre ne sont pas autorisés, il faudra un permis pour jouer, comme à Dublin. Deux permis sont proposés : Permis de spectacle de rue 30 € par an / Permis visiteur de 10 € (deux semaines à compter de la date de la demande) + Permis d’utilisation d’amplification 60 € par an / Permis visiteur de 20 € (deux semaines à compter de la date de demande). Pour demander les permis, il faut plusieurs pièces justificatives, dont une preuve d’adresse (facture de services publics, relevé bancaire) ou un permis visiteur de deux semaines. Renseignez-vous donc bien avant de partir !
Aux États-Unis, la pratique de la liberté d’expression artistique est légale. Le spectacle de rue est légalement considéré comme une liberté d’expression artistique et est protégé, tout comme la mendicité. Mais, depuis ce jour dramatique du 9 septembre 2001, la réglementation a été durcie à certains endroits pour raison de sécurité. Le “busking” est donc réglementé dans quelques régions où un permis peut être demandé, ou alors carrément les spectacles non autorisés. Le mieux est de se renseigner auprès des autorités locales, chaque état ayant des lois différentes.
En Allemagne, ils sont un peu en rogne contre les musiciens de rues. Un article racontait les déboires vécus par les sites touristiques, “envahi par des musiciens le plus souvent dépourvus de talent”, et les “riverains en colère, commerçants à bout de nerfs, cafetiers voyant fuir les clients des terrasses”. Les municipalités ont décidé de sévir. A Berlin, certains quartiers sont interdits aux musiciens de rue. A Francfort, les fonctionnaires municipaux arpentent les rues contrôlant les décibels émis par les musiciens. Au-delà de 60dB, le musicien est remercié. A Munich, tout musicien désireux de faire la manche dans la rue doit d’abord passer un casting, comme pour le métro en France.
Au Luxembourg, il faudra aussi une autorisation pour exécuter une prestation musicale dans l’espace public. Les autorisations sont délivrées selon le principe du « premier arrivé, premier servi » par le Service Espace public, en fonction des sites disponibles. Tout demandeur doit présenter sa carte d’identité. Les musiciens peuvent faire une demande pour 20 dates maximum par an. Les Luxembourgeois vont plus loin avec leur réglementation et ce qu’il est interdit de faire. Sont interdits : “procéder à une collecte en approchant les passants ou de faire du racolage, vendre des supports médiatiques (CD, DVD etc.), tout appareil amplificateur de son (électrique ou autre), percussion ou basse trop accentuées, chants trop aigus”. Vérifiez également la durée de jeu par emplacement pour chaque ville et pays. Certaines villes demandent de changer de place toutes les heures. D’autres interdisent de bouger de l’emplacement pendant la durée de la prestation. Quel matériel utiliser pour jouer dans la rue ou lieux publics ?
J’ai rédigé, justement, un autre article à ce sujet, avec des propositions de sonorisation très pratiques pour jouer dans ces types de lieux.
Conclusion
Les informations données dans l’article sont valables au moment où j’écris cet article. Les lois en vigueurs pouvant évoluer, renseignez-vous toujours avant de faire.
Nous pouvons râler, comme bon français, sur ces lois, qui finalement ne sont pas existantes seulement en France. Nous pouvons aussi le voir positivement, dans le sens où cela permet de respecter le droit de chacun : musiciens, habitants, commerçants. Ce “tri” permet de qualifier également les artistes jouant dans la rue.
Ce n’est pas à nous, en tant que musicien, de décider si ce qu’on fait est génial et doit être autorisé et si c’est bien ou pas. Lorsque l’on vit en communauté, on se doit de respecter les règles, sinon cela devient vite un gros bordel. Demander l’autorisation de jouer dans la rue est facile, faites le, vous serez tranquille, les autres aussi, chacun y trouvera son compte.
Vous jouez dans des espaces publics. Rappelez-vous en.
Et, si vous jouez dans des espaces privés, vous devez également respecter les propriétaires des lieux. Vous n’aimeriez pas qu’une vingtaine de musiciens débarquent dans votre salon sans votre autorisation, non ?
Pour terminer, jouer dans la rue n’est pas forcément facile. Apprenez à gérer votre public et l’espace public. Vous êtes responsable de la sécurité de votre événement. Soyez aussi cordial avec les commerçants et autres artistes occupant la rue, et sachez remercier les passants.
Lire sur : https://www.guilsrecords.com/est-il-autorise-de-jouer-de-la-musique-dans-la-rue-dans-le-metro-ou-dans-les-lieux-publics/
Lire sur : https://www.naast.fr/le-mystere-des-musiciens-de-rue-talentueux
Sommaire
L'aura mystique des musiciens de rue
La diversité des répertoires
Le parcours d'un musicien de rue
L'interaction avec le public
La reconnaissance et le soutien
Avez-vous déjà été captivé par la mélodie envoûtante d'un violoniste au coin d'une rue animée, ou transporté par la voix puissante d'un chanteur partageant son art au détour d'une place publique ? Derrière chaque musicien de rue se cache une histoire souvent méconnue, une passion brûlante pour la musique et un talent qui ne demande qu'à être reconnu. Ces artistes itinérants, armés de leurs instruments et de leur volonté, transforment nos trajets quotidiens en moments d'évasion pure. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Et comment expliquer cette alchimie particulière qui s'opère entre les musiciens de rue talentueux et leur audience éphémère ? Ce sujet invite à une exploration fascinante des coulisses de ces performances à ciel ouvert, où chaque note jouée est un appel à la découverte. Préparez-vous à plonger dans l'univers méconnu et fascinant des virtuoses des pavés, où le mystère rencontre la mélodie dans une symphonie urbaine qui n'attend que vous pour révéler ses secrets.
L'aura mystique des musiciens de rue
L'ambiance musicale déployée par les musiciens de rue transforme radicalement l'espace urbain. Un simple trottoir se mue en une scène vibrante où le talent urbain s'exprime librement. Ces artistes, souvent ignorés des circuits traditionnels, déploient un spectacle de rue captivant, où chaque note jouée semble suspendre le temps, offrant une évasion quotidienne aux citadins pressés. A travers une performance impromptue, ces musiciens réenchantent le quotidien et créent des parenthèses enchantées. Selon les principes de l'ethnomusicologie, ces interactions spontanées entre musiciens et public façonnent une nouvelle dynamique sociale et éveillent une conscience collective autour des cultures musicales éphémères. Le phénomène intriguant de ces artistes de l'éphémère mérite une attention particulière, illustrant une forme d'expression artistique aussi pure que désintéressée.
La diversité des répertoires
Dans le foisonnement sonore des villes, les musiciens de rue nous offrent un véritable éventail de genres musicaux. La diversité culturelle s'exprime à travers ces artistes ambulants qui, loin de se cantonner à un style unique, embrassent souvent un patchwork d'influences musicales. En flânant le long des trottoirs animés, il n'est pas rare de se laisser charmer par la mélodie intemporelle d'une sonate classique avant de se voir entraîné, quelques pas plus loin, par le rythme effréné d'un groupe de jazz improvisant avec brio. Le rock, avec ses riffs accrocheurs, et la musique du monde, riche de ses rythmes exotiques, alternent et se mêlent dans un mouvement perpétuel de fusion artistique. Les musiciens de rue sont les gardiens d'un patrimoine sonore vivant, réfutant tout ethnocentrisme musical, ils deviennent les porte-étendards d'une harmonie universelle. Leurs performances sont autant d'hommages à la pluralité des expressions musicales qui caractérisent notre époque.
Le parcours d'un musicien de rue
La trajectoire socio-professionnelle d'un musicien de rue s'avère complexe et fascinante. Nombreux sont ceux qui, guidés par une passion dévorante de la musique, se retrouvent à partager leur art dans l'espace public. Opter pour la rue en tant que scène est un choix de carrière audacieux, souvent le fruit d'une quête d'autonomie créative. Ces artistes aspirent à un contact direct et authentique avec le public, loin des conventions des salles de concert traditionnelles.
Les défis artistiques abondent : maîtriser un répertoire varié pour plaire à un public hétéroclite, braver les aléas climatiques, et parfois même, surmonter l'indifférence des passants. Cependant, l'itinéraire atypique du musicien de rue est aussi source d'enrichissement. Il puise dans chaque interaction une force nouvelle, qui sculpte sa performance et affine son art. La rue, avec son lot d'imprévus et de rencontres, devient un véritable catalyseur de créativité.
L'interaction avec le public
La connexion émotionnelle entre les musiciens de rue et les passants est un axe central de la performance en plein air. Ces artistes, évoluant au milieu d'un public hétérogène, doivent savoir capter l'attention et toucher une audience variée par leur talent. La spontanéité des interactions, souvent marquée par un feedback en direct, influence fortement leur manière de jouer. En effet, la réciprocité affective s'installe, créant une expérience interactive unique où musiciens et public se nourrissent mutuellement. L'énergie collective qui en découle permet aux artistes de s'adapter et de moduler leur performance, en fonction des réactions immédiates qu'ils perçoivent. Un psychologue social spécialisé dans la dynamique de groupe pourrait affirmer que cette interaction continue participe à un échange émotionnel enrichissant, aussi bien pour l'artiste que pour l'auditeur, renforçant le sentiment d'appartenance à une expérience commune, même éphémère.
La reconnaissance et le soutien
La trajectoire professionnelle des musiciens de rue est souvent semée d'obstacles, mais le soutien communautaire et la reconnaissance artistique peuvent jouer des rôles déterminants dans leur évolution musicale. En effet, un public reconnaissant et attentif peut transformer l'expérience d'un artiste ambulant en une aventure fructueuse et valorisante. Les applaudissements et les contributions volontaires ne sont que la partie visible de l'encouragement nécessaire à ces artistes pour persévérer dans leur passion.
Par ailleurs, la médiation culturelle, assurée par des professionnels en gestion culturelle, est une démarche fondamentale qui facilite la transition de carrière des musiciens de rue vers des scènes plus institutionnalisées. Ces experts, forts d'une expérience dans la promotion des arts de rue, peuvent conseiller et accompagner ces artistes dans la création de leur identité professionnelle et l'exploitation de plateformes créatives. Grâce à une visibilité accrue et à des projets collaboratifs, les musiciens peuvent ainsi élargir leur public et bénéficier de nouvelles opportunités, allant de participations à des festivals locaux à des engagements pour des événements privés ou des collaborations avec d'autres artistes établis.
En définitive, la reconnaissance du talent et le soutien, tant au niveau local que par des structures plus larges, sont indispensables pour que ces musiciens puissent vivre de leur art et continuer à enrichir le paysage culturel de nos rues avec leurs mélodies.
Lire sur : https://www.naast.fr/le-mystere-des-musiciens-de-rue-talentueux
flash-mob, flashmob
nom féminin anglicisme
Rassemblement public d'un groupe de personnes pour effectuer une courte action (danse, etc.) avant de se disperser.
La gloire et la rue. Les chanteurs ambulants et l’édition
musicale dans l’entre-deux-guerres
Ecrit par Eliane Daphy sur : https://hal.science/hal-00491348v1/document
Pour citer cette version
Eliane Daphy. La gloire et la rue. Les chanteurs ambulants et l’édition musicale dans l’entre-deuxguerres. Florence Gétreau. Musiciens des rues de Paris, ATP-RMN, pp.95-99, 1997. ffhal-00491348f
HAL Id: hal-00491348
https://hal.science/hal-00491348v1
Submitted on 11 Jun 2010
L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est
destinée au dépôt et à la diffusion de documents
scientifiques de niveau recherche, publiés ou non,
émanant des établissements d’enseignement et de
recherche français ou étrangers, des laboratoires
publics ou privés.
ELlANE DAPHY
Ethnologue au Laboratoire d 'Anthropologie urbaine (CNRS), Paris
Les artistes qui gagnent leur vie sur la voie publique sont
désignés sous le terme générique de musiciens et chanteurs des rues. En reprenant les critères des professionnels de la chanson, fondés sur la façon d'exercer le métier plutôt que sur le statut juridique, on distingue alors les musiciens et chanteurs des rues et des cours, et les musiciens et chanteurs ambulants. Les premiers sont des mendiants qui quêtent après leur prestation. Les seconds sont marchands ou vendeurs de chansons. Ils sont payés au pourcentage sur la vente des partitions de chansons qu'ils vendent au public après leur prestation. Ils bénéficient d'un statut juridique particulier, ils doivent avoir une permission de la préfecture de
Paris et faire viser leur carnet d'ambulant par le commissaire de l'emplacement choisi. On peut estimer leur nombre à environ deux cents de 1900 à 1950 (soit trente à cinquante orchestres comprenant de trois à cinq membres).
Des formats, petits ou grands
Les collections du Musée national des Arts et Traditions
populaires comprennent des milliers de partitions musicales. Elles donnent une bonne image de la diversité des imprimés de «musique légère », parmi lesquels les partitions de rue constituaient le fonds de commerce des chanteurs colporteurs. Le petit format, qui a donné son nom à l'ensemble de ces partitions, était ainsi désigné par les éditeurs de musique en référence à sa
taille (en général 17 x 27 cm), plus petite que le format luxe ou revue (27 x 35 cm). Le format standard comporte quatre pages, avec en couverture le titre de la chanson, la liste des différents créateurs (parolier, compositeur, interprète, éditeur), ainsi qu' le illustration, parfois réalisée par des artistes de renom (Daumier, Dola, Steinlen). Les pages intérieures comprennent les paroles et la mélodie; la quatrième propose le catalogue de l'éditeur et les conditions de vente. Ces petits formats sont diffusés par correspondance, chez les marchands de musique et par les forains sur les marchés, car pour faire d'une chanson un succès, il faut qu'elle se joue partout, au concert, au phono, au dancing, à la
radio et à la rue.
La rue comme lieu de promotion
Le format rue désigne le mode de diffusion spécifique des partitions par les chanteurs ambulants. Réservé à la rue, il comporte des inscriptions comme « recueil réservé exclusivement aux chanteurs et musiciens ambulants. La vente en boutique est rigoureusement interdite aux étalagistes et marchands de musique et entrainerait pour ceux n'observant pas cette interdiction la suppression des remises spéciales ».
Pour les éditeurs et auteurs de chansons, qui ont réussi
à la suite de luttes acharnées à faire appliquer à la chanson la législation sur la propriété artistique et littéraire, ce qui leur permet de toucher des droits sur toute exécution publique de l'œuvre, les musiciens mendiants représentent un manque à gagner puisqu'ils
ne paient pas de droits d'auteurs.

Il en va différemment des chanteurs marchands de chansons, car l'exécution publique dans la rue suivie de la vente des partitions, représente pour les éditeurs une publicité et une promotion des œuvres: c'est d'ailleurs le plus souvent sous le terme de format de propagande que les éditeurs désignent les partitions réservées à la rue.
À l'occasion de grands événements (comme les expositions universelles, le Tour de France), plusieurs éditeurs collaborent pour publier des recueils pour la rue comprenant les grands succès du jour. En sillonnant les foires et les marchés de province, les chanteurs ambulants ont ainsi participé à la diffusion de la chanson parisienne.
Marchand de chanson: un vrai métier
Outre leurs talents d'interprètes, les chanteurs des rues avaient une réelle connaissance de l'espace urbain; pour se faire des sous, il faut en effet connaître les bons coins, qui varient selon les caractéristiques acoustiques, les saisons, les jours de la semaine, les heures, les événements (marchés, sortie des cinémas, des usines), les conditions météorologiques. C'est un vrai métier. Il y a même, parmi les nombreux syndicats répertoriés dans le secteur musical, un Syndicat des chanteurs et musiciens marchands de chansons, qui revendique à sa création, en 1906, quarante trois membres dont trois femmes 2. Parmi ses objectifs3, on note la reconnaissance de leur qualité et moralité (<< honnêtes gens, ils ne veulent être traités ni en apaches ni en mendiants,
ni voir leurs compagnes assimilées à des filles de trottoir »), et aussi, sans doute, la constitution d'une force de négociation auprès des éditeurs. On trouve également plus tard, sur des recueils de rue des années quarante, un Syndicat des chanteurs et musiciens populaires, avec comme logo un accordéon et un porte-voix, symboles du chanteur ambulant.

Un personnage du folklore parisien
Paroles de la chanson, La Chanson Des Rues
Par : Jean Sablon
Auteurs : Vaucaire Michel
Compositeurs : Goer Rudolf
Editeurs : Semi
Dans la rue chaque soir
Un accordéon prélude
Dans la rue chaque soir
Au beau milieu du trottoir
Les passants s'arrêtent
Et reprennent en chœur
Le refrain que tout le monde sait par cœur
Bien des gens s'arrêtent
Et la voix émue
Sans façon répètent
La vieille chanson des rues
Modeste musique
Poésie d'un sou
Mais cet air mélancolique
Vous poursuit partout
On y parle de jeunesse
D'amour et de longs baisers,
De serments et de tendresse.
De clair de lune et d'été
Bien des gens s'arrêtent
Et la voix émue
Sans façon répètent
La chanson des rues
La chanson de la rue
C'est tout à fait notre histoire,
La chanson de la rue
Chacun s'y est reconnu.
Les couplets, les refrains s'y ressemblent, toujours,
Car on y parle uniquement d'amour
Bien des gens s'arrêtent
Et la voix émue
Sans façon répètent
La vieille chanson des rues
Modeste musique
Poésie d'un sou
Mais cet air mélancolique
Vous poursuit partout
On y parle de tristesse
De rêves et d'amours déçus
Et du regret que vous laisse
Les années qui ne sont plus
Bien des gens s'arrêtent
Et la voix émue
Sans façon répètent
La chanson des rues
chantait Jean Sablon, et les innombrables chansons qui ont été écrites sur le sujet confirment ce point de vues. La littérature (roman et chanson) et le spectacle (opérette, revue de music-hall, cinéma6) ont popularisé le musicien des rues comme personnage du folklore parisien: ainsi, les vendeurs de chansons des films de René Clair Sous les toits de Paris (interprété par Albert Préjean) et de Marcel Carné Les portes de la nuit, ou Mistinguett et Jean Sablon, dans la revue Paris qui brille7, déguisés en chanteur des rues distribuant des petits, formats dans la salle du Casino de Paris.
Images et paroles
Les textes des chansons présentent souvent une
construction en abîme, où le chanteur des rues chante
une chanson qui raconte les aventures d'un chanteur
des rues. La plus connue de ces complaintes sur le
thème du chanteur mendiant est sans doute la Sérénade du pavés, maintes fois parodiée et copiée:
La sérénade du pavé
1894 - Paroles et musique de Jean Varney. Pendant 40 ans...au répertoire de celle qui la créa : Eugénie Buffet ! Reprise ensuite par Edith Piaf notamment dans le film "French Cancan" de Jean Renoir (1955).
Paroles
Si je chante sous ta fenêtre,
Ainsi qu'un galant troubadour
Et si je veux t'y voir paraitre,
Ce n'est pas, hélas, par amour.
Que m'importe que tu sois belle,
Duchesse, ou lorette aux yeux doux
Ou que tu laves la vaisselle,
Pourvu que tu jettes deux sous.
Refrain
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.
L'amour, vois-tu, moi, je m'en fiche.
Ce n'est beau que dans les chansons.
Si quelque jour, je deviens riche,
On m'aimera bien sans façons.
J'aurais vite une châtelaine
Si j'avais au moins un château
Au lieu d'un vieux tricot de laine
Et des bottines prenant l'eau.
Refrain
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.
Mais ta fenêtre reste close
Et les deux sous ne tombent pas.
J'attends cependant peu de chose.
Jette moi ce que tu voudras.
Argent, pain sec ou vieilles hardes,
Tout me fera plaisir de toi
Et je prierai Dieu qu'il te garde
Un peu mieux qu'il n'a fait pour moi.
Refrain
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai souvent chanté.
Ton offrande est la bienvenue.
Fais moi la charité.
Sois bonne, ô ma chère inconnue
Pour qui j'ai si souvent chanté.
Devant moi, devant moi, sois la bienvenue.
Mais le personnage a résisté au temps par la voix de
Mouloudji dans une chanson « vécue» puisque celui ci avait commencé sa carrière en jouant dans le premier film de Carné le rôle d'un petit chanteur des cours:
Paroles de la chanson La Complainte Du Chanteur Des Rues par Mouloudji
O vous, belles fillettes, o vous, femmes de bien
Bourgeois, pauvres ou riches, qu′entendez au lointain
Monter de vos cours sombres cette musique qui a faim
N'oubliez pas l′artiste qui chante son refrain
C'est pas du Beethoven, c'est pas du Rossini
C′est un air sur trois notes, triste comme la pluie
Qu′ce soit l'accordéon
L′orgue de Barbarie
Le crin crin du violon
C'est pauvre mais c′est joli
Les pavés gris des cours
Font tinter les gros sous
Cœurs rouillés, cœurs trop lourds
Enfermez vous chez vous
Le chanteur dans les rues rappelle au pauvre gars
Son amour disparu, ses plaisirs et ses joies
Et aux belles fillettes, plein de désirs sournois
La vie, c'est pas une fête quand on n′a pas de quoi
Et qu'le bel amoureux dont parlent les chansons
N'est pas toujours sérieux, n′est pas toujours très bon
Qu′ce soit l'accordéon
L′orgue de Barbarie
Le crin crin du violon
C'est pauvre mais c′est joli
Les pavés gris des cours
Font tinter les gros sous
Cœurs rouillés, cœurs trop lourds
Enfermez vous chez vous
N'oubliez pas l'artist'
Qui chante ce refrain
Qu'ce soit l'accordéon l'orgue de Barbarie
Le crin-crin du violon
C'est pauvr'mais c'est joli
Les pavés gris des cours
Font tinter les gros sous 10,
ou plus près de nous, par celle de Serge Gainsbour dans son époque réaliste :
Serge Gainsbourg et Philippe Clay
L'accordéon - Duo
Dieu que la vie est cruelle
Au musicien des ruelles
Son copain, son compagnon
C'est l'accordéon
Qui c'est-y qui l'aide à vivre
A s'asseoir quand il s'enivre
C'est-y vous, c'est moi, mais non
C'est l'accordéon
Accordez accordez accordez donc
L'aumône a l'accordé l'accordéon
Ils sont comme cul et chemise
Et quand on les verbalise
Il accompagne au violon
Son accordéon
Il passe une nuit tranquille
Puis au matin il refile
Un peu d'air dans les poumons
De l'accordéon
Accordez accordez accordez donc
L'aumône a l'accordé l'accordéon
Quand parfois il lui massacre
Ses petits bouton de nacre
Il en fauche à son veston
Pour l'accordéon
Lui emprunte ses bretelles
Pour secourir la ficelle
Qui retient ses pantalons
En accordéon
Accordez accordez accordez donc
L'aumône a l'accordé l'accordéon
Et un jour par lassitude
Il laissera la solitude
Se pointer a l'horizon
De l'accordéon
Il en tirera cinquente
Centimes a la brocante
Et on fera plus attention
A l'accordéon
Accordez accordez accordez donc
L'aumône a l'accordé l'accordéon
Accordez accordez accordez donc
L'aumône a l'accordé l'accordéon
Par ailleurs, les illustrations des formats « rue» mettent en scène la gestuelle du musicien mendiant, le regard tendu vers la fenêtre d'où tomberont les sous, ou celle de la vendeuse de chansons brandissant ses partitions, entourée de badauds chantant en chœur, la partition à la main. Souvent sans relations avec le thème des paroles contenues dans le format, ces images permettent aux différents participants de la performance musicale de se retrouver dans l'objet qu'ils achètent.
Des artistes sans nom Les artistes de la rue sont anonymes, et c'est comme personnage collectif, et non comme individus réels,
qu'ils ont accédé à la postérité. Sur les petits formats, des inscriptions, telles que « La chanson populaire créée par toutes les Vedettes de la rue » ou« format de propagande réservé à nos amis les chanteurs des rues
À la Libération, Lily chantait dans les rues de Paris, munie de sa permission de chanteuse *ambulante, dûment délivrée par la préfecture de police.
Accompagnée d'un orchestre accordéon, violon, batterie - elle
chantait sans se lasser dans son porte-voix en fer-blanc les succès du jour jusqu'à ce que toutes les partitions, les « petits formats », soient vendues. Chez le grossiste de la rue du Vert Bois, les partitions « rue » coûtaient vingt sous, et se revendaient vingt francs. Pas question d'arrondir la recette en faisant la manche, c'était interdit, mais parfois un client généreux achetait plusieurs partitions qu 'il redonnait ensuite: quelques sous de mieux. Lily connaissait tous les bons coins: en hiver, sous les stations de métro aérien Barbès et La Motte-Picquet, en été, la place de l'Opéra , la place de la Madeleine et le rond-point des
Champs-Élysées, le week-end, les puces à Montreuil ou Saint Ouen et dans la semaine, les marchés de la capitale et de la
banlieue. Elle courait aussi les foires de province où le public se
bousculait pour écouter les chanteurs de Paris.
Et puis Lily a quitté la rue pour faire le vrai métier de chanteuse,
où elle s'est fait un nom en devenant la « dernière chanteuse
des rues » .
Musée national des Arts et Traditions populaires
18 novembre 1997
27 avril 1998
Musiciens des rues de Paris

Ecrit par Eliane Daphy sur : https://hal.science/hal-00491348v1/document
Pour citer cette version
Eliane Daphy. ( Ethnologue au Laboratoire d 'Anthropologie urbaine (CNRS), Paris ) La gloire et la rue. Les chanteurs ambulants et l’édition musicale dans l’entre deux guerres. Florence Gétreau. Musiciens des rues de Paris, ATP-RMN, pp.95-99, 1997. ffhal-00491348f
Troubadours urbains modernes : mendiants ou musiciens de rue ?
Par Alejandro Abbud Torres Torija - 10 octobre 2020 sur : https://www.auxsons.com/focus/troubadours-urbains-modernes-mendiants-ou-musiciens-de-rue/
Une perspective d’ensemble des musiciens urbains modernes, le rôle qu’ils jouent dans l’espace public et quelques leçons que nous pouvons en tirer.
En 2007, une expérience a été réalisée dans une station de métro de Washington D.C. : Joshua Bell, violoniste de renommée mondiale, a joué incognito pendant près d’une heure. Plus d’un millier de personnes sont passées devant lui mais seulement quelques-unes se sont arrêtées pour l’écouter, et une seule l’a reconnu. Il a collecté 32 dollars.
Que nous apprend cette performance sur notre rapport, en tant que public, à la musique dans les espaces publics et notre capacité à percevoir la beauté au milieu du chaos urbain ? Si Joshua Bell peut être ignoré, un artiste de rue inconnu a-t-il une chance d’être vraiment remarqué ? L’anonymat que procure la métropole moderne couplée à l’omniprésence du muzak et à la pollution sonore croissante dans nos villes sont tels que certains pourraient même se demander si les musiciens de rue ne contribueraient pas plus à la cacophonie de la ville qu’autre chose.
Cependant, si nous écoutons attentivement, peut-être que les musiciens de rue pourront nous donner quelques leçons. Les troubadours urbains modernes apportent des rencontres musicales surprenantes dans la vie quotidienne des navetteurs et des citoyens ordinaires et créent des moments musicaux dans des lieux insoupçonnés.
En s’appropriant de manière temporaire les espaces publics, ils animent nos rues et participent à façonner l’identité des quartiers. De nombreux espaces publics urbains sont aussi réputés pour leurs qualités spatiales que pour leur atmosphère culturelle et musicale. Les quartiers de Grafton Street à Dublin, Washington Square à New York, Royal Street à La Nouvelle-Orléans et bien d’autres sont même devenus des forums culturels en plein air. Les musiques comme le jazz, le Chicago blues, le hip-hop, les musiques klezmer et tziganes, pour ne citer que quelques exemples, sont maintenant jouées partout dans le monde, mais elles sont nées dans la rue et sont le produit vivant d’échanges interculturels entre différentes communautés.
Plaza Garibaldi, La Mecque des musiciens Mariachi à Mexico.

Nos rues constituent des carrefours uniques de trajectoires musicales. Pour certains musiciens, comme Valentina Morales, violoncelliste classique qui se produit dans le centre-ville de Mexico, les concerts de rue ne représentent pas uniquement l’occasion de faire découvrir son art à un public plus large qui n’aurait pas autrement les moyens d’assister à un concert de musique classique.
Ses prestations tentent de susciter un dialogue sur l’accessibilité de la musique classique à différents milieux sociaux et sur le statut des musiciens, ainsi que sur l’opportunité de plaider pour la réglementation et la reconnaissance des musiciens de rue.
Pour d’autres, les concerts de rue représentent une première étape dans leur carrière musicale.
Rodrigo y Gabriela, le célèbre duo de guitares mexicaines, a quitté son pays d’origine après des années de modeste succès et est reparti de zéro, se produisant dans les rues de Dublin à la fin des années 1990 avant d’atteindre la renommée internationale. Leur histoire est incroyable, mais elle n’est pas unique. En réalité, la liste de musiciens célèbres ayant commencé leur carrière comme artistes de rue est longue et comprend des artistes comme Édith Piaf, Janis Joplin, Rod Stewart, Tracy Chapman et plus récemment Ed Sheeran, qui jouait dans le métro de Londres. Parfois, même le contraire et le plus surprenant se produisent : des célébrités de la musique vont dans la rue et offrent des prestations surprises à un public crédule.
Un public curieux est également un aspect clé des flash mobs musicaux. Ils constituent un type nouveau et différent de spectacle de rue de plus en plus populaire depuis le début des années 2000 bien qu’ils soient souvent organisés à des fins politiques, militantes ou marketing et largement promus sur les réseaux sociaux pour maximiser leur impact et leur notoriété.
International Busking Day : Journée internationale de la musique de rue
Depuis 2011, l’International Busking Day, sous forme de hashtag, est organisé pour aider à rehausser le profil du spectacle de rue et célébrer les talents. Il est également de plus en plus visible via les réseaux communautaires de musiciens de rue sur Internet et comme phénomène international à l’instar de plusieurs festivals tels que Linz et Ferrara en Europe, qui existent depuis plus de 30 ans. Ces festivals s’efforcent de maintenir l’esprit de la rue, soulignant l’interaction du musicien et du public et offrant des opportunités pour de nouveaux talents.
Mais n’oublions pas ce qui caractérise vraiment les concerts de rue : le cadre unique, la spontanéité et l’interaction entre l’interprète et le public. Contrairement aux concerts conventionnels, le public est libre de rester ou de partir à tout moment, de montrer son appréciation à sa guise ou de retransmettre. Quand un musicien réussit à capter l’attention des passants et les convainc d’interrompre leur trajet et de rester, même juste quelques minutes, il crée un moment spécial à partir de rien. Petit à petit, presque de manière organique, une foule se rassemble et parfois un véritable sentiment de convivialité est atteint entre de parfaits inconnus. C’est à la fois la beauté et la simplicité de cette expérience. Et lorsque les gens rétribuent pour cela, ils permettent à la musique de continuer pour les futures audiences. Les musiciens de rue ne sont en rien des mendiants.
Rien ne saurait remplacer le voyage dans le monde et la découverte de la musique dans ses rues, mais heureusement, les musiciens de rue nous rapprochent de la musique du monde. Il existe plusieurs initiatives intéressantes qui nous permettent de voyager virtuellement, comme worldstreetmusic.com et Playing for change, un mouvement consacré à inspirer et connecter le monde au travers de la musique qui a entrepris d’enregistrer des musiciens de rue dans différents pays et dont a découlé le film documentaire primé, A Cinematic Discovery of Street Music.
Il semblerait que les récentes performances depuis les balcons et les toits dans plusieurs villes du monde pendant la crise du COVID-19 rappellent la nécessité de nous exprimer à travers la musique et l’importance de la musique live reliant les gens malgré l’isolement et l’enfermement. En apportant la culture et la vie dans les rues, les musiciens de rue sont de facto des acteurs de base de la musique du monde et une partie intégrante de l’écosystème musical des villes. Pollinisateurs culturels, ils parcourent souvent le monde et apportent non seulement leur musique avec eux mais incarnent également une philosophie d’échange, de liberté et de diversité.
L’histoire de la musique de rue est encore inachevée et c’est très probablement dans les rues d’aujourd’hui que la musique urbaine de demain se crée.
Par Alejandro Abbud Torres Torija - 10 octobre 2020 sur : https://www.auxsons.com/focus/troubadours-urbains-modernes-mendiants-ou-musiciens-de-rue/
Alejandro Abbud Torres Torija
Alejandro est un Franco-mexicain avec plus de 20 ans d'expérience internationale, ayant vécu à Paris, Berlin, Rome, Vienne, Munich, St. Petersburg, Interlochen, Aspen et au Mexique. Il donne actuellement des cours dans plusieurs universités françaises, et organise des séminaires sur les questions urbaines en Europe pour des universités et des délégations d’élus locaux chiliens et mexicains. Précédemment, il travaillait dans la diplomatie (OCDE, UNESCO, Ambassade du Mexique à Berlin) et depuis 2014, il enseigne à Sciences Po Paris (aux campus de Poitiers, Nancy et Reims) ainsi qu'à l’ESPOL Lille. Ses cours s'intitulent "Musique et Pouvoir", " Sons du monde : la musique comme miroir de l'intime et du collectif", "Etre un acteur de la ville"et "Langues du monde / Monde des langues". Alejandro est aussi musicien (guitariste classique) diplômé d'un master en Relations Internationales à Sciences Po Paris et titulaire de la carte de guide conférencier délivrée par la Préfecture de Paris (mention anglais, espagnol, français, allemand, italien et russe)
Les musiciens de rue et l'émergence de nouvelles idées
Écrit par Stefan Pinheiro sur : https://www.sciencespo.fr/opalc/content/les-musiciens-de-rue-et-lemergence-de-nouvelles-idees
De nos jours, l’accès à la musique se fait souvent par l’intermédiaire de supports. La radio, la télévision, l’internet mettent à disposition une quantité exorbitante de musique, et pourtant nous n’avons pas accès à tout. À la marge de ce « filtrage » qui répond à une logique de masse et généralement commerciale, coexiste la musique de rue. Si parfois elle semble également répondre à une demande du marché, quand l’objectif est de « faire passer le chapeau », elle reste généralement libre soit dans sa forme, soit dans son contenu.
La musique de rue qui s’observe à Bogota en est la preuve. La surprise est constante et le répertoire ne correspond en rien à celui de la radio. Quelles explications trouver à cette différence ? Quels avantages trouve l’expression de la musique dans la rue ?
A Bogota la musique est particulièrement présente dans l’espace public ; la radio est constamment allumée dans les moyens de transport, les bars, les magasins, les restaurants. Sont aussi très présents les musiciens de rue : beaucoup d’entre eux sont des jeunes qui, sans trop de discipline ni de raison, jouent dans les parcs, places ou autres espaces entre amis.
D'autres en font leur occupation.Juan Pablo est musicien de rue depuis 20 ans. Dans son répertoire, on retrouve surtout des musiques colombiennes des années 60 et 70 qu’il décrit comme « les années dorées », « l’inoubliable ». Ce n’est pas une situation stable, elle est conditionnée par des facteurs peu intelligibles qu’il résumera par « il y a des fois où ça marche bien, et des fois où ça ne marche pas ». Cependant, les musiciens de rue comme Juan Pablo sont nombreux.
Le septimazo, lieu public lieu artistique.
Le septimazo, morceau de la septième avenue qui se termine à la célèbre plaza Simon Bolivar, est fermé le vendredi soir et devient alors la scène de divers musiciens de rue. Au cours de plusieurs observations les musiciens n’étaient quasiment jamais les mêmes et les styles de musique étaient toujours différents. On y constate de la musique de la plupart des régions colombiennes et de l’étranger (un chanteur de ballades mexicaines, de la musique andine péruvienne, un joueur d’harmonica sur un fond de blues, de la musique populaire brésilienne). La diversité s’exprime également dans le contenu : du rap engagé dans un langage de rue s’entendait à quelques mètres d’un rappeur qui prêchait la bonne parole. Pour trois musiciens interviewés, le choix du répertoire n’est pas très recherché, « c’est simplement la musique que j’écoute », « c’est tout ce que je sais jouer », « pourquoi ça ne plairait pas...?». D’autres y attribueront une grande valeur. Pour un groupe de jeunes rockeurs reprenant des rythmes de la côte, c’est une façon de « diffuser cette musique tout en y rajoutant notre personnalité, la faire évoluer ». Pour un rappeur c’est « la seule vraie façon de revendiquer», pour un autre « c’est la seule façon de parler ». Pour Juan Pablo la rue est propice à rencontrer les personnes et se faire des contacts, qui pourraient notamment le permettre de trouver des contrats. Ainsi les ambitions paraissent parfois dépasser l’acte qui consiste à simplement jouer dans la rue.
Les ambitions des musiciens, la perception des auditeurs
Une grande partie des artistes semble viser une émotion. Juan Pablo parle de la nostalgie que provoque sa musique ainsi que le succès qu'il remporte auprès des auditeurs plus âgés, qui ont vécu cette époque (mais auprès des jeunes aussi car, après tout, ressentir la nostalgie d’une époque que l’on n’a pas vécu est justement une caractéristique identitaire que la musique met en évidence). Oscar, jeune guitariste d’un groupe de rock indigène/andin parle de la surprise, « avant tout les surprendre assez pour qu’ils s’arrêtent et nous écoutent ». « La joie ! » me crie en marchant un percussionniste d’une école de musique qui organisait une « batucada » le long de la rue.
Les motivations et les espoirs des artistes sont très variés et la demande semble l’être tout autant. Un vendeur de CD me confie qu’il serait « incapable de dire ce qui vend le plus ». Dans son chariot des compilations d’Edith Piaf, Los Juanes, Ricardo Arjona, Rolling Stones, mélangées comme si tous les goûts n’étaient qu’un.
« Il y a beaucoup de musique que je n’écouterais pas chez moi, mais ici au septimazo, c’est agréable, c’est justement l’endroit pour écouter ce que l’on n’écoute jamais » m’explique un père de famille. En effet, ce sont surtout des familles qui viennent se balader au septimazo en fin d’après-midi, début de soirée, quand le long de cette demi-douzaine de pâtés de rue, s’étendent de chaque côté des musiciens de rue, vendeurs de CD, et parfois d’autre représentations artistiques (comme une improvisation de théâtre, du graffiti en direct). Les attentes des passants/auditeurs, semblent être nulles « je viens pour la surprise », « je viens tous les vendredis, je ne sais jamais à quoi m’attendre, mais je ne suis jamais déçue ».
Ainsi, ce manque d’attentes ouvre grand les portes à l’innovation de ces musiciens de rue. On y reconnait une musique qui n’a pas été bornée à 3 minutes, qui dira des vulgarités pour ne pas perdre une rime et qui pourtant, dans ce contexte, à ce moment donné, ne choque pas, mais surprend agréablement.
Écrit par Stefan Pinheiro sur : https://www.sciencespo.fr/opalc/content/les-musiciens-de-rue-et-lemergence-de-nouvelles-idees
Pierre-Antoine / 10 février 2025 sur : https://www.hiersoiraparis.com/decouvertes/les-chanteurs-de-rue-mais-quest-ce-donc.html
De moins en moins existant aujourd’hui, concept plutôt bohème, les chanteurs de rue chantent des chansons, des textes populaires dans la rue, souvent pour gagner leur pain comme on dit, ou par loisir, ce phénomène existait alors plutôt en milieu citadin.
Mais pourquoi et comment les chanteurs de rue ont peu à peu disparu de la scène des rues? Avec la technologie moderne, les radios, la télévision ou encore, plus récemment les réseaux sociaux, les musiques populaires sont devenues institutionnelles, tandis, qu’avant, les seules chansons que l’on pouvait entendre de façon plus conventionnelle étaient les musiques classiques, les chansons populaires étaient alors réservées aux bohèmes et aux saltimbanques des rues !
Un phénomène vraiment disparu, des artistes désertés? En diminution c’est certain, le métier est en déclin…mais le phénomène n’a pas totalement été effacé pour autant, toujours de nos jours, généralement des personnes SDF, chantent ou jouent d’un instrument dans les transports en commun (notamment dans le métro, dans les grandes métropoles) en échange d’un peu d’argent!
Malgré la marginalisation de cette activité, pourtant passionnante, certains chanteurs de rue ont pu se dégager par leur talent et leur véritable don pour la musique, nous pouvons alors en citer quelques-uns:
Aubert, célèbre chanteur des rues de Paris du xviiie siècle et xixe siècle.
Édith Piaf a commencé sa carrière artistique comme chanteuse des rues.
Lily Lian, présentée comme ayant été la dernière à avoir exercé le métier de chanteur des rues à Paris.
Pierre-Antoine / 10 février 2025 sur : https://www.hiersoiraparis.com/decouvertes/les-chanteurs-de-rue-mais-quest-ce-donc.html
(Photos N-M/Ludovic Mercier)
Qui se cache derrière les artistes de rue ?
by Blog Nice-Matin 26 août 2015 artistes de rue ? sur :
https://leblogduvieuxnice.nicematin.com/2015/08/26/quoi-de-plus-naturel-que-de-chanter-ou-danser-a-lair-libre-dans-la-rue-figures-immuables-des-coeurs-de-ville-les-artiste/
En balade dans le Vieux-Nice, on rencontre des artistes en pleine performance dont on ne sait souvent rien. La rue leur fournit un complément qui, pour la plupart, paie leurs vacances. Qui sont ces saltimbanques ? D'où viennent-ils ? Comment vivent-ils leur rencontre avec le public de Nissa la Bella? Rencontres au fil de la rue.
Figures immuables des cœurs de ville, les artistes rendent la cité plus vivante. Seuls ou en groupe, leur diversité et leur fugacité peignent les rues d'ambiances changeantes. Un jour c'est l'un, le lendemain ce sont d'autres.
Ils vont et viennent au gré de leurs envies, de leurs inspirations et surtout de leurs besoins. Et comme tout le monde, cet été, il leur faut payer les vacances. En effet, la plupart des artistes rencontrés sont de passage sur la Côte d'Azur. Leurs représentations leur permettent de financer le séjour. Et au delà de l'aspect financier, tous ont eu l'envie de se confronter à un public différent.
Pilier de la culture populaire française, leur activité à Nice est soumise à une réglementation contraignante. Il y a deux ans, la ville a abandonné un système de casting mis en place depuis quelques années. Malgré cela, certains artistes se voient encore demander le précieux sésame. Parfois, la police municipale leur interdit de jouer, s'appuyant sur un récent arrêté qui interdit tout événement susceptible de provoquer des regroupements. Souvent les artistes persistent, mais plus loin.
Mike et Florian, musicos de Düsseldorf
Dans la chaleur de cette fin d'après-midi, deux grands gars en tongs baignent l'entrée du cours Saleya de jazz manouche. Florian, 25 ans, et Mike 26 ans, sont originaires de Düsseldorf. Musiciens professionnels, ils forment avec trois amis le groupe Die Steiger.
Toujours en quête de perfectionnement, Mike continue à prendre des cours de saxo. C'est son professeur qui lui a conseillé de s'offrir des vacances à Saint-Tropez, et de jouer dans la rue. « Nous y sommes allés, et nous sommes restés deux jours. C'est vrai que les gens paient bien, mais ils sont très peu à payer. Comme nous ne sommes pas bien habillés, ils nous regardaient de haut », déplore Mike.
Alors, loin de se décourager, les deux compères décident de tenter l'aventure un peu plus loin. C'est comme ça qu'ils sont arrivés à Nice. « Nous sommes venus en voiture. Et comme nous ne savions pas combien de temps nous allions rester, c'était compliqué de prendre un appartement, ou un hôtel. Surtout qu'ici, l'hébergement coûte cher. Alors on a trouvé un camping à Peillon. C'est un peu loin, mais au moins, on voit les étoiles » poursuit Mike.
Rodés aux spectacles de rue, ils demandent toujours l'autorisation aux établissements devant lesquels ils installent leur scène éphémère. Et les refus sont plutôt rares.
A la rencontre des Niçois et des touristes, ces jeunes musiciens ont trouvé là un public qui leur convient.
« Ici, les gens donnent moins, mais ils sont beaucoup plus sympas qu'à Saint-Tropez. L'autre jour, nous avions un petit public attentif place Rossetti. Quand la police est arrivée pour nous déloger, les gens étaient déçus, et du coup, ils nous ont donné plus d'argent par solidarité. On a eu quelques billets, alors que d'habitude c'est plutôt des pièces », s'amuse Florian. En raison de ces interventions intempestives, le jeune duo joue rarement plus de 45 mn, et gagne entre 9e et 35e pour chaque set. Si c'est peu, ça leur permet de payer le camping et les repas.
Être interrompus par la police ne les dérange pas. Florian est philosophe : « A Düsseldorf, et dans d'autres grandes villes d'Allemagne, il y a une règle qui fonctionne bien. On peut jouer trente minutes, mais on est contraints à trente minutes de pause avant de recommencer. Et ce n'est pas tout : il faut impérativement bouger d'au moins 200 m. Ça permet une vraie animation, une diversité. Et au moins le public ne s'ennuie pas. »
die-steiger.com
Le trio qui vient de Varsovie (The Time Quartet)
- I st violin : - Maksymilian Grzesiak
- II nd violin : - Katarzyna Boniecka
- viola : - Ola Madejska
- cello : - Małgorzata Duź
Ne vous fiez pas à l’élégance de ces jeunes musiciens : ils sont bien en vacances. Max, le petit brun, Katarzyna, la blonde, et Maggy, la rousse, sont presque trentenaires et musiciens professionnels. Tous trois diplômés de la célèbre université Chopin de Varsovie, ces jeunes gens ont un CV impressionnant : le philharmonique de Varsovie, les 3275 kg Orchestra (le plus gros orchestre de musique folklorique polonaise), musiques de films.
Avec un ami resté en Pologne, ils forment le Time Quartet. Pour leur séjour niçois, ce sera donc le Time Trio.
Au programme de leurs représentations de rue : musiques de films, standards pops, ou encore classiques du répertoire jazz.
Et ces violonistes apprécient le public de Nice : « les gens sont très positifs. Ils nous écoutent, certains s’assoient par terre. Ils nous applaudissent, et parfois se mettent même à danser » s’amuse Katarzyna. Dans l’étui de leurs instruments, des CD. Un travail de pro, sous blister, avec une explication en français.
S’ils ont décidé de jouer dans la rue, c’est pour payer leur séjour ici. « Nice ce n’est pas Varsovie. La vie est chère ».
Entre 100 et 350 euros par soirée
Une stratégie fructueuse, car en jouant trois heures le trio récolte entre 100 e et 350 e par soirée, ventes de disques incluses.
D’abord hébergés chez un ami, ils ont ensuite trouvé un petit appartement à louer : « Nos instruments prennent de la place! Ce ne serait pas correct d’envahir quelqu’un avec ça. » Une contrainte qui s’est aussi appliquée au transport : « Nous sommes arrivés en voiture, bien chargés. Et regardez : même nos chaises viennent de Pologne ! »
Ludovic MERCIER Par Blog Nice-Matin 26 août 2015 artistes de rue https://leblogduvieuxnice.nicematin.com/2015/08/26/quoi-de-plus-naturel-que-de-chanter-ou-danser-a-lair-libre-dans-la-rue-figures-immuables-des-coeurs-de-ville-les-artiste/
D’après Martin Pénet et Arnaud de Moyencourt a lire sur : http://manivelles-occitanes.fr/Passion/expo%20A2%20pdf/expo13-A2-histoire_des_musiciens_de_rue.pdf
Depuis les années 1960, l’automobile et l’industrie du disque ont presque réussi à chasser des rues la chanson qui faisait résonner nos villes. Pourtant chanteur de rue a longtemps été un métier reconnu malgré la tentation de confusion de leur activité avec celle des mendiants et, à partir du XVIIe et la montée de l’absolutisme royal, les restrictions imposée par le pouvoir, craignant trop de liberté d’expression Dés le moyen âge, les jongleurs parcourent les routes. Ils cèdent la place aux ménestriers, rattachés à un protecteur. En 1321 est fondée la confrérie Saint Julien des ménétriers. Ses statuts de 1407, approuvés par le roi s’appliquent aux ménétriers de toute la France.
C’est un métier qui est soumis à apprentissage . Ce monopole finira, après de longues batailles juridiques, à la fin du XVII avec l’arrivée de nouvelles tendances musicales (harmonistes contre ménestriers).
A partir du XVIIe siècle, le « marchand de chansons » ou « crieur de chansons nouvelles » gagne sa vie en vendant des feuilles imprimées sur lesquelles figurent les paroles des chansons qu’il interprète. À peine tolérés par la police, ces artistes perchés sur un tréteau dressent dans leurs chansons une véritable chronique du temps dans la tradition des chansonniers modernes. Ils seront en particulier un vecteur important de la diffusion des mazarinades pendant la fronde. Règlement du 30 mars 1635 (extrait): "Sont faites défenses à tous les chanteurs de chanson de s'arrêter en aucun lieu et de faire assembler du peuple".
Edit du 20 octobre 1651 : "Sera puni du fouet l'auteur ou le chanteur de couplets jugés diffamatoires". Au XVIIIe siècle, à Paris, les chanteurs ne peuvent s’installer qu’aux carrefours, près des Halles, sur les quais et les ponts, en particulier sur le pont Neuf. Mais les places sont chères et des conflits naissent entre la vingtaine de chanteurs réguliers de la capitale et les itinérants qui diffusent sans autorisation des brochures de province.
Espace apparemment ouvert, la rue est un enjeu de pouvoir et de concurrence.
En 1793, DANTON intervient à la Convention :"Citoyens, j'apprends qu'on veut empêcher les joueurs d'orgue de nous faire entendre par les rues leurs airs habituels. Trouvez-vous donc que les rues de Paris sont trop gaies ? Trouvez-vous que le peuple de Paris ait trop de chansons aux lèvres ? On nous conteste bien des libertés. De grâce, laissez nous la liberté de l'orgue de Barbarie, la liberté de nos refrains, la liberté de la chanson ! Mais en 1794, la convention rétablira l’Ordre : "La Convention ne tolère plus que les chansonniers patriotiques dont les emplacements sont attribués autoritairement" (Arrêté du 23 Ventôse an II -13 Mars 1794).
Au début du XIXe siècle, les métiers de la rue à Paris sont soumis à une immatriculation avec médaille de laiton nominative délivrée par le préfet de Police. Au fil des décennies, les autorisations sont de plus en plus contraignantes. Limités au nombre de quarante en 1822, les chanteurs doivent soumettre les recueils qu’ils vendent aux commissariats de quartier. La liste des titres chantés devra faire l’objet d’un visa préfectoral à Paris ou municipal en province (cela perdurera jusqu’en 1979). Une ordonnance de 1831 établit une liste de vingt-six lieux de stationnement spécifiques dans la capitale. Les ponts et cours d’immeubles sont interdits. Sous le Second Empire, les boulevards ouverts par Hausmann accueillent plus aisément les artistes ambulants. Multipliés par l’essor du café-concert puis du music-hall, ils sont les lieux où circulent d’innombrables refrains à succès publiés par les éditeurs de musique populaire. A la fin du siècle, on observe un déplacement vers Pigalle et Montmartre. En 1881, une ordonnance remplace la liste des emplacements fixes par des autorisations ponctuelles, données à l’occasion de fêtes, et rend la vie des chanteurs de rue encore plus précaire. Ils ont pourtant une véritable fonction économique qui est la diffusion des partitions Ce sont eux qui font une bonne partie du succès des chansons. Ils vendent des partitions moins soignées que les « petits formats » des marchands de musique (qui comportent quatre pages : couverture illustrée, paroles et musique à l’intérieur, publicité de l’éditeur au dos). Les éditions de rue comportent plusieurs chansons sur un dépliant, ce qui permet à l’éditeur de mieux faire connaître son catalogue. Les refrains relatent l’actualité et reflètent l’imaginaire populaire. A l’occasion de grands événements (Exposition internationale, Tour de France, etc.), il arrive que plusieurs éditeurs s’associent pour publier des recueils de rue comprenant les succès du jour. Dans les faubourgs émerge la figure du chanteur des cours, mendiant à qui l’on jette par la fenêtre une pièce enveloppée dans du papier. Pour s’en démarquer et créer une force de négociation face aux éditeurs de musique, un Syndicat des chanteurs et musiciens marchands de chansons est créé en 1908. Les vendeurs de partitions sont d’indispensables relais de diffusion pour les maisons d’édition, au même titre que les interprètes de scène (café-concert ou music-hall), avant l’arrivée des disques de phonographe et de la TSF. En 1926, une ordonnance de police (modifiée en 81 puis en 97) crée le
« carnet de musiciens et chanteurs ambulants ». Tout candidat au métier de chanteur de rue doit se faire enregistrer à la préfecture de police, conserver un petit carnet avec sa photo, son état civil et son adresse, et faire viser par le commissaire du quartier de l’emplacement choisi.
Les groupes réunissent deux ou trois musiciens, un chanteur avec porte-voix en fer blanc et parfois un baratineur pour animer la vente. Les bons chanteurs ont leur public assidu. La mendicité est interdite. Le chanteur de rue doit connaître le terrain, savoir trouver les bons emplacements en fonction de l’acoustique, de la météo, du jour de la semaine, de l’heure et des événements. La multiplication des contraintes aboutit au développement de
chanteurs qui n’ont aucun scrupule à chanter des répertoires
interdits et à faire « la bûche » (vendre des feuilles qui donnent
les paroles de quinze ou vingt chansons, sans musique et sans
acquittement des taxes). Mais ces derniers sont pourchassés par
les inspecteurs de la Sacem chargés de faire respecter le droit des
auteurs (parolier et compositeur).
Le déclin du métier s’amorce au début des années 1950 par l’arrivée des nouvelles technologies (disque microsillon, radio à transistor, télévision). Le matraquage des succès fait quitter l’artisanat pour la production à grande échelle. Au cours des années 1960, l’essor de l’automobile rend aussi la rue de moins en moins hospitalière. Et c’est le métro qui, depuis la disparition des poinçonneurs au début des années 1970, devient le refuge le plus propice.
À la Libération, Paris compte encore une trentaine de groupes qui se partagent à tour de rôle les bons emplacements en les tirant au sort lors d’une réunion hebdomadaire à la préfecture.
Les disques 78 tours sont encore lourds et cassables. C’est donc surtout grâce aux chanteurs de rue que les succès se vendent par dizaines de milliers (les triomphes de l’été 1944 sont Le Chant des partisans, Ah ! le petit vin blanc, Le Café au lait au lit ; l’année suivante, ce sera La Mer).
Ce sont les valses qui remportent le plus de succès En 1994, le nouveau Code Pénal dépénalise en même temps la mendicité et le vagabondage.
Mais à Paris, la Préfecture de Police supprime les autorisations des musiciens et chanteurs de rues, estimant que l'activité de chanteur ambulant fait désormais partie du passé.
En 1997, un arrêté préfectoral précise à nouveau les conditions d’attribution des autorisations.
On observe un début de prise de conscience récente de la contribution des arts de la rue à la création du lien social des quartiers mais la méfiance reste forte envers les chanteurs de rue.
D’après Martin Pénet et Arnaud de Moyencourt a lire sur : http://manivelles-occitanes.fr/Passion/expo%20A2%20pdf/expo13-A2-histoire_des_musiciens_de_rue.pdf
Par Alejandro Abbud Torres Torija - 12 avril 2021 Sur : ttps://www.auxsons.com/focus/depeindre-les-villes-a-travers-la-musique/
Que peut nous raconter la musique sur les villes ? Les portraits de villes en musique peuvent-ils constituer un point de départ pour réfléchir à la manière dont la musique incarne les villes et participer à la création d’une mémoire commune alliant lieux et musique ? Cet article nous invite à explorer divers exemples de portraits de ville en musique à travers des chansons, un documentaire et un projet musical.
Contrairement aux représentations littéraires et visuelles d’une ville, les portraits musicaux peuvent apparaître plus indirects, fragmentaires, ouverts, surtout quand il s’agit de musique instrumentale ou de musique contenant des paroles en langues étrangères. Ils offrent cependant toujours une vision unique qui permet de plonger dans la psychogéographie musicale des différentes villes et d’explorer la riche tradition qui associe la musique à d’autres sphères culturelles. La musique nous permet de percevoir l’âme des villes et de découvrir des facettes souvent invisibles et inconnues aux yeux des étrangers en raison des barrières linguistiques ou du manque de connaissances suffisantes sur le contexte culturel local.
La musique est souvent liée à des villes et des lieux particuliers, mais pour percevoir et apprécier les références, par exemple, que les chansons d’Okudzhava font à la rue Arbat à Moscou, que Chava Flores, le folkloriste urbain non officiel de Mexico, fait au quartier de La Merced, ou de la poésie des chansons napolitaines de Roberto Murolos en dialecte local, il faudrait connaître à la fois le russe, l’espagnol, le napolitain et les lieux de la ville dont ils font la chronique dans leurs chansons. Fort heureusement, il n’est pas nécessaire de connaître tout ça pour pouvoir apprécier la musique. Mais quand nous faisons le lien, notre curiosité est stimulée et cela nous offre un accès privilégié au sentiment d’appartenance à un lieu ancré dans l’histoire, la langue et la culture des villes. C’est-à-dire à la façon dont les habitants ont interprété et partagent encore des souvenirs vivants qui associent des chansons, des époques et des lieux. Comme l’a observé Proust, le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux, ou dans ce cas précis, à élargir la perspective de notre « vision auditive ».
Булат Окуджава - Песенка об Арбате
Bulat Okudzhava - Song of the Arbat street
Certains endroits, comme les canaux d’Amsterdam, sont si visuellement emblématiques que nous oublions qu’ils abritent aussi une histoire invisible. La place particulière qu’ils occupent dans le cœur des Amstellodamois a été musicalement illustrée par Pieter Goemans dans une ode aux canaux qui est devenue l’un des hymnes non officiels de la ville.
La chanson raconte des souvenirs d’enfance, le désir de revenir à la ville après de longs voyages, les changements provoqués par le temps qui passe, mais avant tout, elle raconte l’éternelle Amsterdam dans une déclaration d’amour à la ville. Chaque année, son interprétation en clôture du traditionnel concert en plein air du Prinsengracht sur les canaux, devant un public qui admire et écoute depuis les bateaux, est l’un des temps forts musicaux de la ville. Le pont qui a inspiré la chanson à Goemans porte une plaque commémorative et a plus tard reçu son nom alors que les cendres de l’auteur-compositeur étaient répandues dans le canal du Prinsengracht.

Wim Sonneveld - P. Goemans - Aan de Amsterdamse Grachten | Prinsengrachtconcert 2013
Des villes comme New York ont, sans surprise, été source d’inspiration pour des milliers de chansons qui ont voyagé à travers le monde. La centralité de New York dans le domaine de la musique n’est pas seulement due à sa vitalité culturelle et à sa capacité à attirer des musiciens de génération en génération, mais aussi au rôle clé qu’a joué la ville dans l’histoire de l’industrie musicale. Après tout, New York est le lieu où le phonographe a été inventé et où des adresses mythiques telles que Tin Pan Alley, Broadway, Harlem et bien d’autres ont donné naissance à la musique américaine moderne.
Il serait presque impossible de recenser les chansons liées à New York, alors que seul un endroit comme Central Park a inspiré des artistes aussi divers que John Coltrane, Nina Simone et Chick Corea. D’autres portraits en chansons sur les villes ne font pas l’éloge des lieux emblématiques et monuments historiques, mais plutôt de ses habitants et de l’expérience unique de la vie en ville. La musique et les paroles de « On the sidewalks of New York » évoquent la nostalgie du vieux New York. Elle a été interprétée et adaptée par nombre d’artistes et est également considérée par beaucoup comme l’hymne non officiel de la ville.
Nat King Cole - On The Sidewalks Of New York
La musique n’utilise pas exclusivement la ville elle-même comme source d’inspiration, elle se sert et amplifie également d’autres imaginaires urbains issus de la littérature, des arts visuels, du cinéma, etc. Dans le documentaire Helsinki Forever, Peter von Bagh a créé une symphonie de la ville qui fait revivre de façon poignante un siècle d’archives en contrepoint de peintures, de séquences de films et d’une belle et diverse bande sonore de la ville qui invite le pèlerin à découvrir des décennies d’œuvres classiques finlandaises peu connues en dehors du pays. Le documentaire offre un large éventail de genres tels que le jazz, la pop, le punk rock, le classique et les musiques de film finlandais avec des extraits de Ture Ara, George de Godzinsky, Einar Englund et des Harmony Sisters. Il inclut également des chansons d’Olavi Virta, le roi du tango finlandais, un phénomène culturel unique en son genre qui illustre comment les influences musicales étrangères sont transformées et intégrées dans une tradition musicale locale qui est devenue l’une des formes de musique les plus populaires en Finlande.
Olavi Virta - Unforgettable Home (Tango Frostbite)
Autre projet unique et ambitieux faisant dialoguer la musique avec la ville et ses représentations sous de multiples angles sont les enregistrements d’Istanbul, Jérusalem, Grenade et Venise par Jordi Savall. D’abord connus pour ses performances historiques avec des instruments originaux de musique occidentale ancienne, ces grands projets constituent une riche collection de fresques musicales. Ils ne sont pas seulement esthétiquement et musicalement fascinants, mais leur documentation multilingue et la participation de musiciens d’Israël, d’Europe et du monde arabe, recréent des atmosphères historiques et offrent une expérience unique de musique de ville à plusieurs niveaux.
Ces villes ont une histoire religieuse, ethnique et linguistique complexe et les récits choisis ainsi que les lignes de temps illustrent les croisements culturels entre l’Occident et l’Orient. Celles-ci sont ponctuées de lectures de textes, de danses, de musiques cérémonielles et religieuses, évoquant des moments historiques tels que la naissance de Venise, la 4e Croisade, la chute de Constantinople, la Bataille de Lépante, ainsi que Jérusalem en tant que ville juive, chrétienne, arabe et ottomane. Dans Istanbul, la musique de Dimitrie Cantemir, un esprit universel moldave du XVIIIe siècle, représente un exemple frappant de connexions et de croisements culturels est-ouest. Chacun de ces enregistrements se concentre sur une ville mais, ensemble, ils se complètent dans leur portrait de villes et de cultures méditerranéennes millénaires, mettant en avant un véritable dialogue interculturel, en rapprochant les différences et les guerres, où une humanité commune à travers les siècles et les cultures prend vie dans la musique.
ISTANBUL
Der makām - ı Hüseynī Sakīl - i Ağa Rıżā (Mss. D. Cantemir 89) · Jordi Savall
GRANADA
Invocación Qamti be - Ishon Layla · Jordi Savall
Villancico : Aquella mora garrida - Gabriel, Cancionero de Palacio (CMP 254)
Le patrimoine musical d’une ville nous permet non seulement de voyager dans le monde musicalement, mais il peut aussi nous aider à établir des liens et des relations avec la ville et son histoire de manière nouvelle et significative. C’est une invitation à redécouvrir des lieux à travers la musique mais aussi une nouvelle musique à travers des lieux que nous pensions déjà connaître. La musique est un puissant réceptacle d’histoires et de souvenirs. Les résonances et les interactions entre la musique et les autres représentations de la ville peuvent enrichir notre expérience de la musique, des villes et de nous-mêmes.
Dans « L’Âme Des Poètes », une chanson sur les chansons, Charles Trenet révèle un secret musical : la poésie et la mémoire d’une ville peuvent rester vivantes grâce à la musique aussi longtemps que nous continuons à la chanter, même si leurs auteurs sont oubliés.
« Longtemps, longtemps, longtemps
Après que les poètes ont disparu
Leurs chansons courent encore dans les rues
La foule les chante un peu distraite
En ignorant le nom de l’auteur
Sans savoir pour qui battait leur cœur
Parfois on change un mot, une phrase
Et quand on est à court d’idées
On fait la la la la la la
La la la la la la »
Au final, le pouvoir évocateur de la musique est tel que même ce qui semble être oublié y reste souvent présent, attendant que nous le ressuscitions.
Du même auteur, découvrez les Focus :
- Les métamorphoses de l’écoute musicale.
- Narcocorridos : une tradition musicale pervertie par la violence ?
- Troubadours urbains modernes : mendiants ou musiciens de rue ?
Par Alejandro Abbud Torres Torija - 12 avril 2021 Sur : ttps://www.auxsons.com/focus/depeindre-les-villes-a-travers-la-musique/
Alejandro Abbud Torres Torija
Alejandro est un Franco-mexicain avec plus de 20 ans d'expérience internationale, ayant vécu à Paris, Berlin, Rome, Vienne, Munich, St. Petersburg, Interlochen, Aspen et au Mexique. Il donne actuellement des cours dans plusieurs universités françaises, et organise des séminaires sur les questions urbaines en Europe pour des universités et des délégations d’élus locaux chiliens et mexicains. Précédemment, il travaillait dans la diplomatie (OCDE, UNESCO, Ambassade du Mexique à Berlin) et depuis 2014, il enseigne à Sciences Po Paris (aux campus de Poitiers, Nancy et Reims) ainsi qu'à l’ESPOL Lille. Ses cours s'intitulent "Musique et Pouvoir", " Sons du monde : la musique comme miroir de l'intime et du collectif", "Etre un acteur de la ville"et "Langues du monde / Monde des langues". Alejandro est aussi musicien (guitariste classique) diplômé d'un master en Relations Internationales à Sciences Po Paris et titulaire de la carte de guide conférencier délivrée par la Préfecture de Paris (mention anglais, espagnol, français, allemand, italien et russe)