Le thérémine
Le thérémine :
Un instrument électronique pionnier
Juin 2024 sur : https://www.mim.be/fr/collection-piece/theremine-0
Le thérémine est un instrument électronique inventé par l’ingénieur russe Lev Termen (1896–1993). Il fut joué publiquement pour la première fois en 1920 et est aujourd’hui généralement considéré comme le premier instrument électronique.
Pour jouer de cet instrument, il n’est pas nécessaire de le toucher. La hauteur du son est modifiée en approchant ou en éloignant la main de l’antenne verticale. L’antenne horizontale sert quant à elle à modifier l’intensité du son. Le thérémine fonctionne sur le principe de l’hétérodyne, ce qui signifie que le signal audible est le résultat de la combinaison de deux fréquences de base. Deux oscillateurs produisent chacun un ultrason, donc inaudible pour l’oreille humaine. L’un est fixe, l’autre est variable (par l’action de la main du musicien). Ce que l’oreille entend est la différence entre les deux fréquences de base.
Un parcours international
Vladimir Lénine perçut le potentiel de l’instrument et envoya Termen en tournée de promotion à travers la Russie. Afin de démontrer le niveau techno-scientifique du communisme, il fut aussi autorisé à présenter son invention en Angleterre, en France, et surtout en Allemagne. Il arriva finalement à New York en 1927 et y résida jusqu’en 1938, année où il disparut mystérieusement de la circulation.
Termen et son thérémine comptèrent un grand nombre de fans aux États-Unis - pas seulement des musiciens et compositeurs, mais aussi des scientifiques et même le gouvernement américain. Celui-ci s’intéressait aux possibilités techniques du thérémine, mais aussi au potentiel de l’ingénieur lui-même. Il fut mandaté par le Federal Bureau of Prisons pour construire un détecteur de métaux destiné aux prisonniers d’Alcatraz.
Entre échec commercial et culte musical
L’instrument fut breveté aux États-Unis en 1928, et son inventeur attribua les droits de production à la firme RCA. Mais les hautes ambitions commerciales ne furent pas atteintes, et l’affaire se solda par un échec. Les publicités faites par RCA n’aidèrent sans doute pas à vendre l’invention comme un instrument facile à jouer pour tous. Les musiciens maîtrisant parfaitement la technique de jeu étaient très rares. On compte Lucie Bigelow Rosen, Samuel Hoffman, et surtout Clara Rockmore, la protégée de Termen.
Très peu de musique adaptée fut composée avant la Seconde Guerre mondiale. Le répertoire consistait surtout en arrangements de pièces classiques célèbres, comme par exemple Le Cygne de Camille Saint-Saëns.
Le renouveau par le cinéma et la pop
Après le départ de Termen en 1938, l’intérêt pour le thérémine disparut avec lui. Son objectif d’introduire l’instrument dans le monde musical s’éteignit. Mais il ne disparut pas pour autant dans les méandres de l’histoire. On construit - et joue - encore du thérémine de nos jours, grâce à deux genres musicaux où il connut un véritable renouveau : la musique de film et la musique pop.
L’instrument fit ses débuts au cinéma en 1945 dans les films Spellbound et The Lost Weekend. Dans les deux cas, il exprimait musicalement l’angoisse, le stress et des « sens perturbés ». Mais c’est avec l’univers spatial que l’association devint la plus persistante. Les sons du thérémine (et d’autres instruments électroniques) semblaient idéaux pour évoquer l’infini, les extraterrestres et les OVNIs. Rocketship X-M (1950) fut le premier film de science-fiction à utiliser le thérémine. Suivirent notamment The Day the Earth Stood Still (1951) et It Came from Outer Space (1953).
La percée dans la musique populaire arriva avec Good Vibrations des Beach Boys (1966). Il s’agissait toutefois d’un électro-thérémine, construit par Paul Tanner [1]. D’autres artistes firent usage du thérémine : Frank Zappa, Jimmy Page (Led Zeppelin), et Brian Jones (The Rolling Stones).
[1] Si l'électro-thérémine ressemble au thérémine par son timbre, l'instrument est conçu différemment en termes de construction. À l'intérieur de l'instrument se trouvait un bouton de hauteur relié par une corde à un curseur (à l'extérieur). Le déplacement du curseur modifiait la hauteur du son. La présence de frettes (comme sur une guitare) permettait de jouer correctement les hauteurs.
Le thérémine au MIM
Le MIM possède deux thérémines. L’exemplaire portant le numéro d’inventaire 4331 (fig. 1) fut construit entre 1957 et 1968 par un collaborateur du « Studio de Musique Électronique (de Bruxelles) », alias « Studio Apelac ». Il fut assemblé selon les recommandations de l’Allemand Joachim Winckelmann. Dans la série Deutsche Radio-Bücherei, Winckelmann publia en 1933 un manuel de 32 pages indiquant comment construire un thérémine à la maison.
L’autre thérémine (fig. 2) fut fabriqué par la firme Big Briar, fondée en 1978 par Robert Moog, surnommé le « parrain du synthétiseur ». Moog construisit son premier thérémine à 15 ans. À 19 ans, il créa sa première entreprise, R.A. Moog Co. Il commença par vendre des kits de montage (« do it yourself »), puis fournit des instruments montés et prêts à l’emploi.
Texte : Wim Verhulst
Wim Verhulst a commencé à travailler au MIM après avoir obtenu sa maîtrise en musicologie à la Katholieke Universiteit Leuven (KUL). Après une carrière de guide et d'organisateur de concerts, il est actuellement responsable des collections d'instruments électriques, électroniques et mécaniques et prépare une thèse de doctorat sur les instruments électroniques dans la vie musicale belge (1920-1950) et sur la place et l'importance des instruments électroniques dans les collections muséales (européennes).
Juin 2024 sur : https://www.mim.be/fr/collection-piece/theremine-0
Démonstration du thérémine
"Le Cygne" de Camille Saint-Saëns par Clara Rockmore
La folle histoire du thérémine, ancêtre des instruments électroniques
Par Tsugi Le 26 mars 2020 sur : https://www.tsugi.fr/la-folle-histoire-du-theremine-ancetre-des-instruments-electroniques/
On oublie souvent que la musique moderne doit son existence à des ingénieurs autant qu’à des artistes. Parmi tous les instruments étranges confectionnés à l’aube de la musique électronique, le thérémine, inventé il y a un siècle par Léon Theremin, est celui qui étonne encore le plus. Parce qu’il n’a jamais eu le temps de briller, malgré sa présence sur des titres des Beach Boys et des Rolling Stones, et pour des raisons à chercher ailleurs, à la frontière entre la science et le mystère. On a beau détailler son fonctionnement, une partie de nous persiste à voir dans sa musique jouée dans le vide quelque chose de magique.
Au cœur de Londres, entre les murs de briques anthracite de la maison Pouchkine, le thérémine fête son centenaire. Au premier étage, dans une salle où des chandeliers dorés s’agrippent à un haut plafond blanc, une petite dame se tient devant un des appareils : un trépied, un boîtier blanc, une drôle de boucle métallique à gauche et une antenne blanche sur la droite, semblable à celle d’un vieux poste radio. Le tout posé sur un parquet clair. “Dans cette structure, on trouve deux tubes de radio produisant des oscillations sonores, expose-t-elle, dans son accent slave et sa robe sombre. Un d’eux est attaché à l’antenne. Les oscillateurs produisent des hautes fréquences qui se situent au-delà du seuil d’audition humain.” Plonger un bras, la tête ou même une baguette de pain dans le champ magnétique modifie la fréquence et la rend audible. Pour jouer, on maîtrise le volume avec la main gauche, au-dessus de la boucle et la hauteur de la note avec la droite, près de l’antenne. Plus on approche sa main, plus le son est aigu. “Le thérémine utilise le principe de l’hétérodyne, remarqué dès 1918 par des ingénieurs travaillant sur l’électricité. Mais seul Termen a pensé qu’il pourrait en tirer un instrument de musique.”
Lev Sergueïevitch Termen (qui deviendra plus tard Léon Theremin) est né le 28 août 1896 à Saint-Pétersbourg. Il est l’inventeur de l’instrument qui porte son nom et un parent éloigné de notre instructrice, Lydia Kavina. Virtuose du thérémine, la quinquagénaire aux cheveux courts a joué sur ma musique d’Alice, une comédie musicale de Tom Waits et celle de films comme Ed Woodde Tim Burton oueXistenZ, par David Cronenberg. Termen était le cousin germain de son grand-père. Ils s’adoraient. La première fois que Kavina a pu approcher l’instrument, c’était dans le salon moscovite de ses parents, à l’âge de neuf ans. “Le thérémine est né à une époque de révolutions, reprendelle devant son public, un fin micro amplifiant sa voix. Léon Theremin voulait faire sa propre révolution. Il était ingénieur et jouait du violoncelle un instrument difficile sur lequel on écrase ses doigts, on travaille durement avec l’archet. Au début, tu obtiens un son horrible.” Kavina émet un bruit semblable à un pneu de tracteur écrasant du gravier. “Ça prend un an avant d’obtenir une note. Theremin cherchait un moyen plus lyrique de produire de la musique, sans l’effort physique.” La théréministe passe ses doigts dans le champ magnétique et produit un son strident. “Au début, cela sonnait ainsi. Mais son oreille était si bonne qu’il a réussi à créer quelque chose comme ça.” Ses doigts se déplacent gracieusement, le thérémine chante avec mélancolie. Les yeux tremblent, des larmes menacent de couler. Elle ne l’explique pas, mais Kavina joue l’air des “Bateliers de la Volga”, une chanson traditionnelle dépeignant les souffrances des classes pauvres de la Russie impériale. “En octobre 1920 eut lieu la première démonstration de thérémine, achève-t-elle, en joignant les mains. D’où notre présence ici.”
« Le thérémine utilise le principe de l’hétérodyne, remarqué dès 1918 par des ingénieurs travaillant sur l’électricité. Mais seul Termen a pensé qu’il pourrait en tirer un instrument de musique.”
Explosifs et ségrégation
Lev Termen est issu d’une famille noble française huguenote. Son grand-père était médecin à la cour du tsar. Son père, avocat. Comme il n’a qu’une sœur, il reçoit une excellente éducation. Vers ses 18 ans, l’Histoire s’accélère: la Première Guerre mondiale est suivie par la révolution bolchevique et la guerre civile. Malgré son héritage, Termen rejoint l’Armée rouge. “Il a pris le parti de ceux qui voulaient changer le système, commente Kavina, le lendemain, enfoncée dans sa veste en polaire depuis sa maison de l’Oxfordshire. C’étaient de belles idées. Tout le monde voulait être égal.” Durant la guerre, Termen supervise la construction d’une station de radio à Saratov, dans le sud du pays. En octobre 1919, alors que les Russes blancs approchent, il ordonne l’évacuation avant de faire sauter la station, “plutôt que la laisser à l’ennemi”.
L’inspiration le frappe un an plus tard, alors qu’il travaille à l’Institut physico-technique Ioffe, à Petrograd. Dans la bâtisse néoclassique qui borde la Neva, il construit un oscillateur à haute fréquence pour mesurer avec précision “la constante diélectrique des gaz”. Cherchant d’autres applications à sa méthode, il conçoit un détecteur de mouvements auquel il ajoute vite un circuit, pour que le détecteur génère un son. Lorsqu’il bouge sa main, le son change. En 1922, alors que l’électricité fascine en Russie, Termen dévoile son instrument dans une grande foire. L’invention fait assez de bruit pour que l’ingénieur reçoive une invitation du président du Conseil des Commissaires du peuple de la République socialiste fédérative soviétique de Russie: Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine. Dans un entretien pour une chaîne de télévision française, capturée en 1989, Lev Termen lui-même narrait la scène comme suit: “Il était charmant et j’étais ravi de le rencontrer. J’ai joué et ils ont applaudi. Vladimir Ilitch y compris. Il m’avait observé avec beaucoup d’attention. J’avais joué ‘Skylark’ de Glinka, qu’il adorait et, après une pause, il a demandé s’il pouvait jouer lui-même. Il s’est levé, s’est dirigé vers l’instrument, a étendu ses mains. Je les ai prises pour le guider. Il a commencé à jouer. Il avait une très bonne oreille et sentait où bouger ses mains. Au milieu du morceau, j’ai pensé qu’il pouvait le faire sans mon aide. J’ai enlevé mes mains et il a terminé tout seul, avec un grand succès. Il était très content.”
Dès 1927, Termen s’embarque pour une tournée promotionnelle qui le mène dans toute l’Europe, avant de s’envoler pour les États-Unis. Rapidement, il joue avec le New York Philharmonic, dépose une demande de brevet et vend les droits de production à RCA. Parti pour quelques semaines, il restera onze ans. “Il avait de plus en plus de choses à faire, résume Kavina. Il devait développer le thérémine, en produire. Puis il fréquentait des clubs de millionnaires, des généraux, des hommes politiques…” Ses accès à la haute société américaine intéressent vite le KGB. Selon Kavina, l’inventeur aurait endossé un rôle d’espion. En parallèle, Léon Theremin – comme on le connaît sur place – tombe amoureux. Deux fois. D’abord de Clara Rockmore, “la Jimi Hendrix du thérémine”, puis de Lavinia Williams, ballerine dans une troupe au nom plus très politiquement correct : l’American Negro Ballet Company. Lavinia est noire, Léon est blanc et la société américaine est à trois décennies de mettre fin à la ségrégation raciale. Le couple se marie quand même. “Toutes les portes qui lui étaient ouvertes ont commencé à se fermer, révèle Kavina. Les sponsors financiers ont arrêté de le soutenir. Il ne pouvait plus vivre la même vie, des problèmes avec les impôts ont suivi et on a commencé à le soupçonner d’espionnage.
En 1938, Termen rentre abruptement en URSS. Affolée, Lavinia Williams raconte que des Russes auraient kidnappé son mari. Ici, deux versions s’affrontent. Celle, officielle, de la famille “S’il avait dit qu’il comptait partir, on lui aurait demandé de payer ses impôts, avance Kavina. Alors le KGB a déguisé son départ en kidnapping.” Puis celle de Steven M. Martin, réalisateur de Theremin: An Electronic Odyssey, lauréat du Filmmakers Trophy Documentary au festival de Sundance en 1994: “C’est ridicule, peste-t-il. Je l’ai connu, ce n’était vraiment pas un James Bond.” D’après lui, Termen n’aurait pas eu accès aux informations réclamées par le KGB et c’est de force qu’il aurait été rapatrié à Moscou.
Ce que l’on sait, c’est qu’à son retour, l’inventeur est envoyé au goulag de Magadan, en Sibérie, au bord de la mer d’Okhotsk. “Staline emprisonnait tous les grands scientifiques. Il voyait les penseurs comme des menaces. Il y avait de faux procès et Theremin a été reconnu coupable de propagande antisoviétique.” Quand la seconde guerre mondiale éclate, le régime demande aux intellectuels encore vivants d’aider la mère patrie. Termen est envoyé dans une charachka, une prison munie de laboratoires, aux conditions moins dures que le goulag. À la fin du conflit, l’ingénieur, libéré, rejoint le KGB. Sans qu’on soit sûr qu’il ait eu le choix. “On devait le réhabiliter, développe le documentariste. À New York, il avait un studio derrière le MOMA, il roulait en Cadillac. On ne pouvait pas dire que ce communiste qui bossait pour le KGB avait vécu la grande vie en Amérique. Alors on a inventé cette histoire. Quand tu as connu le goulag, tu ne veux pas y retourner. Alors tu la fermes.”
Parallèlement, aux États-Unis, personne ne sait où est passé Termen. Un journal va même jusqu’à rapporter la nouvelle de sa mort.
Gooood vibrations
Son instrument, lui, se heurte au conservatisme du sérail musical américain. Un projet d’orchestre entièrement électrique est lancé. Clara Rockmore en serait la star. Aucune salle n’accepte de le programmer, de peur que l’amplification mette trop de musiciens sur la touche. C’est finalement à Hollywood que le thérémine fait carrière. Son premier film : La Maison du docteur Edwardes, d’Alfred Hitchcock, 1945. “À chaque épisode psychotique traversé par Gregory Peck, le thérémine entre en scène, note Martin. Ce son très pénétrant est une idée du compositeur Miklós Rózsa. Il l’utilise à merveille.” Instigateur du thérémine à l’écran, Rózsa remporte l’Oscar de la meilleure musique de film. L’instrument est ensuite utilisé par Bernard Herrmann dans Le Jour où la Terre s’arrêta, quand un humanoïde descend d’un OVNI. Le son du thérémine devient la définition sonore du mot “eerie”, un terme à la frontière du sinistre et de l’étrange (qui donne des frissons, ndlr). “Le gars qui jouait du thérémine sur ces films-là était le Dr. Samuel Hoffman. Il vivait à Los Angeles et il était podologue. Comme peu de monde savait en jouer, il raflait tous les contrats.” Dans son cercle d’amis, Hoffman compte un couple répondant aux noms d’Audree et Murry Wilson, qui lui rendent un jour visite accompagné de leur jeune fils, Brian. “J’avais huit ans, se souvient Brian Wilson, dans le documentaire, trois décennies après avoir fondé The Beach Boys. Le gars jouait et j’étais mort de peur. Ce son me terrorisait. Je ne voulais pas l’entendre.” Il imite le son et bouge doigts en grimaçant. « Ça sonnait comme ces horribles films d’horreur, avec des expressions bizarres sur les visages.” Quinze ans plus tard, Wilson change d’avis alors qu’il prépare un de ses chefs-d’œuvre, Pet Sounds. Sur la quatrième piste de la face B, “I Just Wasn’t Made For These Times”, un certain Paul Tanner s’offre un court solo de thérémine. Enfin, d’electro-theremin, une variante qu’il a lui même construit, munie d’un clavier. Le son reste le même.
Peu de temps après, Wilson travaille sur un nouveau morceau, “Good Vibrations”. “Comme les paroles disent ‘I’m picking up good vibrations’, que la contrebasse fait ‘tudududududu’, et qu’il faut quelque chose d’eerie, pourquoi ne pas y aller à fond et mettre un thérémine dessus ?” Sans surprise, Capitol Records trouve le titre “trop bizarre” et préférerait sortir “Barbara Ann”, une chanson surf plus classique. Wilson enrage et finit par convaincre la maison de disques. “De tous les morceaux des Beach Boys, ‘Good Vibrations’ est probablement celui avec la meilleure combinaison d’instruments. Ce n’était pas un morceau drôle, ça me faisait pleurer. Le disque était numéro 1… dans tout le pays ! Grâce au thérémine et au violoncelle.” Trente-cinq ans après son invention en URSS, le son du thérémine est numéro 1 au pays du capitalisme. Sans que l’on soit vraiment au courant à l’Est.

Bob Moog en 1976 / Source : moogarchives.com
Quelques mois plus tard, on le retrouve sur deux titres des Rolling Stones : le très rock “Please Go Home” sur l’album Between The Buttons, puis le trip psychédélique “2000 Light Years From Home”, paru sur Their Satanic Majesties Request. Deux ans après, Led Zeppelin cale du thérémine sur un autre morceau culte, “Whole Lotta Love”. Jimmy Page en joue même sur scène. Et puis ? Plus grand-chose. Jamais plus le thérémine ne sera utilisé pour des titres de cette ampleur. En partie à cause de Robert Moog, l’inventeur du synthétiseur. Gamin, le petit Robert est abonné au magazine Electronics World. Chaque mois, le magazine offre des plans de machines à construire chez soi. Un numéro de 1948 suggère le thérémine. Bob Moog a quatorze ans et se branche sur la musique électronique. Après son premier instrument, il en monte d’autres, apprend à en jouer. Dès 1954, il est possible de commander un kit de thérémine à la R.A. Moog Company. De son domicile, Moog vend ses créations, sans qu’elles soient non plus très populaires. La jeunesse connaît le son de “Good Vibrations”, mais rarement le nom de l’instrument nécessaire pour le produire.
“Moog adorait le son du thérémine, assure Martin. Mais son grand succès, c’est les synthétiseurs. Le thérémine a glissé dans l’oubli parce qu’il était trop dur d’en jouer. Puis il n’y avait pas de mémoire dessus. Avec un synthé, tu peux réutiliser ce que tu joues. Ça offrait plus de contrôle, d’opportunités et une palette de sons plus large.” Le temps du thérémine est déjà révolu. L’instrument est trop vieux pour durer dans les années 60, décennie de l’électricité pour tous. En 1967, The Doors utilise un Moog sur Strange Days, avant que George Harrison explore l’instrument sur un album solo. Sur Abbey Road, trois Beatles jouent du Moog dans des merveilles telles “Because”, “Here Comes The Sun” et “I Want You (She’s So Heavy)”.
La suite appartient à l’Histoire, qui prend un tournant électronique. L’utilisation du thérémine dans la musique dite populaire devient épisodique.
Par Tsugi Le 26 mars 2020 sur : https://www.tsugi.fr/la-folle-histoire-du-theremine-ancetre-des-instruments-electroniques/
Par Tsugi Le 26 mars 2020 sur : https://www.tsugi.fr/la-folle-histoire-du-theremine-ancetre-des-instruments-electroniques/
Jouer les yeux fermés
“C’est probablement parce que ce n’est pas un instrument de geek, réfléchit Jean-Michel Jarre. Ce n’est pas technique, on ne l’approche pas de manière technologique. On l’approche de manière intuitive et impressionniste. Ce n’est pas forcément l’univers de la musique actuel. C’est un instrument qui est un peu ailleurs.” Le Français découvre le thérémine dès les années 60 lors d’une démonstration chez Pierre Schaeffer, au Groupe de recherches musicales. “Aux États-Unis, j’ai décidé d’en acheter un, se souvient-il, avec un sourire dans la voix. Dans une caisse, en pièces détachées. Je me souviens du plaisir que j’ai eu à brancher ça. Il y avait un côté complètement rétrofuturiste.” Ce thérémine-là, on le retrouve sur “Oxygène 10”, “Les Chants magnétiques 1” ou encore “Zoolookologie”. Jarre en a joué sur scène, notamment à Moscou, pour les 850 ans de la ville. Petit à petit, il développe sa propre technique, très instinctive. “Un des bons moyens d’aborder le thérémine, c’est d’en jouer les yeux fermés, conseille-t-il. Ainsi, on n’est pas piégé par le fait que sa main ne repose sur rien. Grâce au son qu’on produit, on a l’impression qu’elle repose sur quelque chose. Ça a un côté magique.”
« Ce n’est pas technique, on ne l’approche pas de manière technologique. On l’approche de manière intuitive et impressionniste. »
Le documentaire de Steven M. Martin offre au public la joie de rencontrer Léon Theremin en personne. On le découvre dans son appartement moscovite, âgé de 96 ans. Après avoir quitté le KGB en 1966, l’inventeur travaille à l’université de physique et donne quelques cours, notamment à Lydia Kavina. “Comme il ne pouvait pas raconter tout ce qui lui était arrivé, on le prenait juste pour un vieil ingénieur, raconte-t-elle désolée. Après l’âge de la retraite, il ne pouvait remplir qu’une position subalterne au département de l’acoustique de la mer. On avait oublié qui il était. On ne le prenait pas vraiment au sérieux. Il a travaillé là jusqu’aux années 90.” Le film relance un intérêt pour le son du thérémine. On le retrouve dans un morceau de Jon Spencer Blues Explosion, puis chez Portishead. Le multi-instrumentiste Adrian Utley nuance : “Je n’ai jamais enregistré avec un thérémine. J’ai toujours programmé mon synthé Moog pour qu’il sonne comme un thérémine.” Presque triste. Grâce au film, néanmoins, Bob Moog recommence à produire des thérémines. Le nombre de joueurs serait aujourd’hui “cent fois supérieur” à celui de l’époque. Parmi les utilisateurs récents, on peut citer Mercury Rev aux États-Unis, puis La Femme et Rone en France.
Au sous-sol de la maison Pouchkine, un jeune homme brun, presque imberbe, l’arcade sourcilière étrangement sèche, mange des chips entre deux gorgées de thé. Il surveille un gamin de dix ans, avec une mèche de cheveux dans la bouche, qui essaie un “de ces instruments bizarres”. Derrière ses lunettes de vue, sa mère sourit : “Combien ça coûte ?” Le jeune homme pose son thé. “Celui-ci ? Seulement 400 livres sterling. Ça se trouve sur Internet. C’est un Moog.” Il s’approche pour faire une démonstration. Fils de Lydia Kavina, il est venu aider l’entreprise familiale en cette belle journée. Son nom ? Lev Theremin.
Par Tsugi Le 26 mars 2020 sur : https://www.tsugi.fr/la-folle-histoire-du-theremine-ancetre-des-instruments-electroniques/
Le theremine, l'instrument le plus etrange
lundi 15 novembre 2021 sur : https://www.quickstudio.com/fr/blog/le-theremine-l-instrument-le-plus-etrange_553
Un peu d'histoire
Le thérémine est un instrument électronique inventé en 1920 par le Russe Lev Sergueïevitch Termen, aussi connu sous le pseudonyme de Léon Theremin, d'où le nom de l'instrument. Fasciné par cette invention, Lénine va distribuer le thérémine dans toute l'URSS et apprendra même à en jouer. Quant à Léon Theremin, il partira aux Etats-Unis pour diffuser son art avant d'être « rapatrié » en Russie à la fin des années 30 pour de sombres affaires d'espionnage.
Comment en jouer ?
Le thérémine est constitué d'un boîtier électronique et de deux antennes. Sa grande originalité réside dans son fonctionnement : il n'y a pas besoin de le toucher pour en jouer ! Le joueur de thérémine se contente de bouger ses mains dans l'air à proximité des antennes. Il contrôle la hauteur de la note en faisant varier la distance entre sa main droite et l'antenne verticale. Simultanément, il gère le volume de la même manière avec sa main gauche et l'antenne horizontale. Sous ses airs de gadget, le thérémine n'en reste pas moins un instrument à part entière difficile à maîtriser. En plus d'une façon de jouer peu conventionnelle, le son produit est lui aussi particulier, à mi-chemin entre la voix humaine et la sonorité électro, ce qui achève de classer le thérémine dans la catégorie des instruments vraiment atypiques !
Vidéo « thérémine et musique électro »
Vidéo « thérémine et musique classique »
Pour quels styles de musique ?
Comme on peut le constater dans les deux vidéos ci-dessus, le spectre d'utilisation du thérémine est très large. S'il existe des spécialistes purs et durs (Carolina Eyck, Pamelia Kurstin...), bon nombre d'artistes plus populaires aux styles très différents ont utilisé le thérémine occasionnellement , de la violoncelliste hongroise Katica Illényi (vidéo ci-dessus) aux rockeurs de Led Zeppelin (sur leur célèbre titre Whole Lotta Love) en passant par Benjamin Biolay (Ton héritage). Et si jamais il vous prenait l'envie d'essayer le thérémine, il existe différents modèles du plus classique au plus moderne avec un prix d'entrée de gamme aux alentours de 300 euros.
lundi 15 novembre 2021 sur : https://www.quickstudio.com/fr/blog/le-theremine-l-instrument-le-plus-etrange_553

https://etheremin.com/informations/fonctionnement/
Fonctionnement
Dans le Manuel d’Initiation au theremin rédigé par Jimmy Virani et Coralie Ehinger, le « theremingénieur » Thierry Frenkel y explique avec clarté le fonctionnement du thérémine. Voici le début de ses explications : Sur : https://etheremin.com/informations/fonctionnement/
Le thérémine ressemble à une boîte magique incompréhensible.
Pourtant, son fonctionnement n’est pas sorcier. Le principe est un dérivé de celui de la radio. Léon Theremin a utilisé un effet que l’on cherche ordinairement à éliminer : le sifflement d’interférence.
Bien que l’on parle toujours des antennes du theremin, la désignation « électrodes », comme initialement utilisée par Léon Theremin, serait plus correcte, car en fait, il n’y a ni émission, ni réception d’ondes électromagnétiques.
Un thérémine contient deux petits émetteurs d’ondes radio que l’on appelle aussi « oscillateurs ». Les oscillateurs sont le cœur du thérémine. Ils sont composés entre autres d’une bobine et d’un condensateur, qui forment ce qu’on appelle un « circuit résonateur ». Ce circuit détermine la fréquence (nombre d’oscillations par seconde) initiale de cet oscillateur.
Un de ces oscillateurs (O1) est connecté à l’antenne du thérémine. Cela permet de le dérégler en approchant la main. En effet, le joueur étant virtuellement relié à la terre, il crée un circuit fermé avec le thérémine. Entre la main du joueur et l’antenne du thérémine se forme alors un condensateur supplémentaire. Plus la main s’approche de l’antenne, plus la capacité (quantité de charge électrique stockée) de ce condensateur augmente. Plus la capacité électrique supplémentaire augmente (ou plus la main du joueur s’approche), plus la fréquence de l’oscillateur (O1) diminue.
Par effet hétérodyne (détection de la différence entre l’oscillateur O2 et O1), plus la main du joueur s’approche, plus la fréquence de note entendue augmente.

Manuel d’initiation au theremin, schéma p.15
Voici un extrait d’article, écrit par le Docteur Marcel Boll, un scientifique français, après avoir assisté à une démonstration du thérémine à Paris en 1927. Ces documents nous ont été fournis par le théréminsite Peter Pringle que nous remercions chaleureusement. Le Docteur Boll explique d’une façon précise et plus ou moins facile à comprendre, le principe du fonctionnement des premiers thérémines (que l’on appelait alors «ondes éthérées»). Les explications du Docteur Boll, sont restituées telles qu’il les a écrites, sans y changer un mot. Il faut souligner que dans les appareils électroniques d’aujourd’hui, la lampe a été remplacée par le transistor (inventé en 1947). En ce qui concerne le thérémine, les principes restent les mêmes et les explications du Dr. Boll sont toujours valables. Pour beaucoup de vrais « connaisseurs », pourtant, la qualité du son musical produit ou amplifié par les appareils à transistors, est inférieure à la qualité des anciens appareils aux lampes. En conséquence, il y a depuis quelques années déjà, une renaissance de la lampe qu’on croyait tombée en désuétude.
Voici un extrait d’article, écrit par le Docteur Marcel Boll, un scientifique français, après avoir assisté à une démonstration du thérémine à Paris en 1927. Ces documents nous ont été fournis par le théréminsite Peter Pringle que nous remercions chaleureusement. Le Docteur Boll explique d’une façon précise et plus ou moins facile à comprendre, le principe du fonctionnement des premiers thérémines (que l’on appelait alors «ondes éthérées»). Les explications du Docteur Boll, sont restituées telles qu’il les a écrites, sans y changer un mot. Il faut souligner que dans les appareils électroniques d’aujourd’hui, la lampe a été remplacée par le transistor (inventé en 1947). En ce qui concerne le thérémine, les principes restent les mêmes et les explications du Dr. Boll sont toujours valables. Pour beaucoup de vrais « connaisseurs », pourtant, la qualité du son musical produit ou amplifié par les appareils à transistors, est inférieure à la qualité des anciens appareils aux lampes. En conséquence, il y a depuis quelques années déjà, une renaissance de la lampe qu’on croyait tombée en désuétude.

Les commentaires du Docteur Marcel Boll (1927) Les expériences qui ont été faites tout récemment à Paris (à la salle Gaveau et à l’Opéra) par les ingénieurs russes Theremin et Goldberg, ont suscité, à juste titre, une vive curiosité dans le monde scientifique et artistique. Par un simple mouvement des mains devant un circuit électrique, produire des notes musicales, tel est le procédé fort ingénieux, qui consiste à engendrer, grâce à la présence d’une hétérodyne, des courants téléphoniques directement utilisables dans les hauts-parleurs. On trouvera, dans l’article ci-dessous, exposé avec exactitude, le principe de cet appareil, qui marque une date dans les rapports entre la musique et l’électricité. Avant d’exposer le principe de cette invention, il convient de dissiper une confusion: on a parlé, à ce propos, d’ «ondes éthérées», ce qui ne veut rien dire. L’éther est, aujourd’hui, une conception périmée, et les ondes électromagnétiques ne jouent dans l’affaire, qu’un rôle tout à fait accessoire. Elles y jouent à peu près le même rôle que dans les vulgaires transformateurs, dont le principe date de l’Anglais, Faraday (1831); le point essentiel, c’est qu’on s’arrange pour modifier les caractéristiques d’un circuit métallique parcouru par un courant alternatif de fréquence plus ou moins haute, c’est-à-dire changeant de sens un plus ou moins grand nombre de fois par seconde. Lorsqu’un corps matériel – et j’entends par là un solide, un liquide ou un gaz – exécute des vibrations qui ne sont ni trop rapides ni trop lentes, l’oreille est prévenue de l’existence de ces vibrations par la perception d’un son. Le ‘la’ des diapasons habituels correspond à 435 vibrations par seconde (*aujourd’hui, en 2003, il est rendu à 450 vps*); et les sept octaves des notes d’un piano commencent, à gauche, à 3,480. «La hauteur» des sons est donc leur première qualité; elle provient de la fréquence de leurs vibrations. «L’intensité», deuxième qualité des sons, résulte de la grandeur de l’amplitude de ces vibrations. Enfin, «le timbre» provient de la superposition au son principal (son fondamental) d’un certain nombre d’harmoniques, c’est-à-dire des sons ayant des fréquences deux, trois, quatre, cinq fois plus grandes; c’est par suite de l’absence d’harmoniques que le son d’un diapason est plus «pauvre» que celui d’un violon. Deuxième idée: le courant électrique alternatif est un courant qui change de sens un certain nombre de fois par seconde, tandis qu’une batterie d’accus produit un courant continu, un courant toujours dans le même sens. Le «secteur de la rive gauche» de Paris fournit à ses abonnés un courant qui change de sens cent fois par seconde (*il est à noter que ce n’est plus le cas depuis longtemps*), en d’autres mots, qui circule dans un sens cinquante fois par seconde et cinquante fois par seconde dans l’autre sens: sa fréquence est donc de 50 oscillations par seconde. On sait depuis longtemps, en électrotechnique, que les courants électriques peuvent émettre des sons; sans parler des diapasons entretenus électriquement, ni des arcs chantants, on constate que les transformateurs où les tôles sont mal serrées, donnent naissance à des ronflements correspondants précisément à 50 vibrations par seconde; c’est-à-dire au premier «sol dièse» d’un piano (à partir de la gauche). Enfin, chacun sait que par une bobine de self variable, ou par un condensateur variable (fig. 1) on peut modifier la fréquence d’un «circuit oscillant», c’est-à-dire d’un circuit parcouru par un courant alternatif, comme l’a indiqué Kelvin, en 1853. Un condensateur, c’est tout simplement deux corps en regard, séparés par de l’air. Si on diminue la surface des armatures, la fréquence d’un circuit décroît; si on diminue leur distance, cette fréquence devient plus grande. En particulier, (et c’est ce qu’a fait l’inventeur russe Léon Thérémin), une des armatures du condensateur peut être la main (fig. 2) car notre corps fonctionne, au point de vue électrique, comme s’il était exclusivement formé d’eau peu salée. La figure 1 représente le montage classique de productions d’oscillations entretenues par la lampe à trois électrodes: fermer l’interrupteur, c’est un geste tout à fait comparable à celui de mettre en branle le balancier d’une horloge; ce balancier continue à osciller avec sa fréquence propre et, de même, ici, le circuit oscillant fournit du courant alternatif, dont la fréquence dépend notamment du condensateur variable.

Figure 1 – La lampe à 3 électrodes peut émettre des oscillations plus ou moins rapides
C’est là un montage bien connu des sans-filistes. Lorsqu’on ferme le commutateur, le circuit du condensateur variable se met à osciller; en faisant varier la capacité du condensateur, on rend les oscillations plus ou moins rapides. On peut s’arranger pour ne pas obtenir des hautes fréquences, mais des fréquences musicales. Le courant alternatif se transmet alors par les bobines d’accouplement, et le haut-parleur émet un son, dont on peut faire varier la hauteur en tournant le bouton du condensateur variable.
Rien ne sera changé si on remplace le condensateur par deux antennes placées au voisinage des mains de l’instrumentiste. Si sa main droite s’approche de l’antenne rectiligne verticale, la fréquence augmentera, comme je viens de l’expliquer, et le haut-parleur émettra un son plus aigu. La main gauche se déplace devant une antenne circulaire horizontale, et l’expérience a montré que l’intensité du son émis diminue lorsqu’on rapproche la main. On voit que nous disposons ainsi des deux premières qualités du son: de la hauteur et de l’intensité. Néanmoins, les deux montages (fig. 1 et2) restent purement théoriques, car l’émission directe des fréquences musicales nécessite des modifications du «condensateur humain» qui ne sont guère réalisables manuellement. L’inventeur s’est par la suite adressé au montage bien connu de l’hétérodyne (littéralement: « puissance différente ») qui sert en radiotélégraphie pour produire les « fréquences musicales » de la réception au son. L’hétérodyne est exactement l’analogue des battements en acoustique. Si on frappe en même temps sur le premier « la » d’un piano, on perçoit, en plus des deux notes, des renforcements du son à raison de quatre par seconde: ces « battements » s’effectuent donc avec la fréquence résultante des deux sons composants. Électriquement, nous avons affaire au montage représenté par la figure 3. Les oscillations du circuit hétérodyne se superposent à celles du circuit primitif (fig. 2); si, par exemple, la fréquence de l’hétérodyne est 49,200 et celle du circuit de l’instrumentiste 50,235, la fréquence résultante sera 435. Une série de lampes amplificatrices en basse fréquence produit un courant notable qui traverse les bobines du haut-parleur dont la membrane métallique se mettra à vibrer à raison de 435 allers et venues par seconde, et on entendra un « la ». En rapprochant sa main droite de l’antenne verticale, l’instrumentiste augmentera la fréquence de son circuit et si celle-ci atteint 50,290 oscillations par seconde, le haut-parleur émettra le « si » voisin (490 vibrations par seconde).

Figure 2 – Le corps humain peut remplacer le condensateur variable
Les lames métalliques de la figure ci-contre sont remplacées par les deux mains de l’instrumentiste. L’antenne rectiligne permet de faire varier la hauteur des sons, l’antenne annulaire sert à modifier leur intensité.

Figure 3 – Complication du montage précédent
Il y a avantage à recourir à l’hétérodyne, c’est à dire aux battements qui se produisent entre un second circuit (dit hétérodyne) et le circuit qui constitue l’instrument proprement dit. Les oscillations résultantes sont amplifiées, comme d’habitude, par des lampes à trois électrodes et reçues dans le haut-parleur.

Figure 4 – Le mystérieux pupitre
Cette figure représente les détails du pupitre qu’est le theremin. On y reconnaît les différents appareils indiqués sur les schémas précédents.
L’année de célébration du centenaire du thérémine s’achève avec ce magnifique duo des théréministes Carolina Eyck et Dorit Chrylser interprétant « Silent Night »
Sur : https://etheremin.com/informations/fonctionnement/
Scientifique mélomane
Dimanche 13 octobre 2024 sur :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/de-lev-termen-a-leon-theremine-1896-1993-une-traversee-des-ondes-9459446
Connue pour l'instrument qui porte son nom, la vie de Léon Thérémine, entre espionnage et musique, est intimement liée aux événements historiques majeurs qui ont façonné le monde actuel et la musique d'aujourd'hui.
Lev Termen nait en 1896 à Saint-Petersbourg sous le règne du Tsar dans une famille de l'aristocratie russe. À la fin de la Première Guerre mondiale, il entre dans l'Institut de Physique et de Technologie dirigé par Abraham Ioffé à Saint-Pétersbourg. Ses travaux portent alors principalement sur les interférences du corps humain avec les circuits électriques. C'est au début des années 1920, en travaillant sur un appareil mesurant la densité du gaz, que Lev Termen invente la thérémine : constitué d'un boîtier électronique et de deux antennes, l'une verticale, l'autre horizontale, l'instrumentiste déplace ses mains dans l'air à proximité des antennes, et contrôle ainsi la hauteur de la note avec sa main droite, et le volume avec sa main gauche. Reprenant la gestuelle d'un chef d'orchestre, les sons produits dans l'air évoquent la voix humaine, le violoncelle, les instruments à vents.
Premier instrument électronique au monde, la thérémine est parmi les instruments qui vont inspirer toute la musique électro telle qu'on la connait aujourd'hui.
Salle Gaveau, Léon Thérémine (né Lev Termen) exécute un morceau avec son invention, le 1er instrument de musique électronique au monde (06.12.1927) ©Maxppp - Bibliothèque nationale de France/Maxppp
En 1922, Lev Termen présente son invention hors du commun à Lénine, qui s'en empare immédiatement, y voyant un outil idéal pour alimenter la propagande du régime communiste. Débute alors une série de tournées en Russie puis dans les grandes villes d'Europe, jusqu'à être envoyé aux États-Unis, en 1927. Pensant n'y séjourner que quelques mois, il débarque à New York en héros, y restera 10 ans, et deviendra Léon Thérémine.
Il se lie d'amitié avec le couple Walter et Lucie Rosen qui deviendront son principal mécène. Il donne de nombreux concerts, rencontre des artistes qui se passionnent pour son travail, et des musiciens de renom composeront spécialement pour la thérémine. Clara Rockmore, jeune violoniste lituanienne promise à une brillante carrière qui, suite à un problème de santé, est obligée d'arrêter le violon, va consacrer sa vie à la thérémine et à la transmission de son savoir. Elle collabore avec Thérémine et l'engagera à améliorer les performances de l'instrument afin qu'elle en joue comme elle l'aurait fait avec un violon. Elle enregistre de nombreux disques et développe une méthode d'apprentissage qui reste encore aujourd'hui une référence.
Léon Thérémine invente plusieurs autres instruments déclinés sur le principe de la thérémine, comme le Terpsitone, il travaille avec la RCA (Radio Corporation of America) qui produira des thérémines en série, il fonde la Teletouch Corporation, invente des systèmes d'alarmes, des détecteurs de mouvements, des portes automatiques, et aussi des miroirs ou des vitrines qui s'allument lorsque quelqu'un s'approche...
Léon Thérémine ne s'arrête jamais
Pendant toute cette période américaine, il est aussi contraint d'espionner pour le régime soviétique. Les États-Unis sont percutés en 1929 par la grande dépression et Thérémine, peu doué en affaires, subit de plein fouet les effets de la crise. L'intérêt pour ses inventions décroit, ses affaires ne marchent plus et son mariage avec Lavinia Williams, danseuse noire de vingt ans sa cadette, achèvera de l'éloigner de la haute société new-yorkaise.
En 1938, Léon Thérémine quitte précipitamment les États-Unis et rentre à Moscou où la situation politique a changé. C'est la période des grandes purges de Staline et Thérémine est envoyé dans un des plus durs goulags en Sibérie, avant d'en être extirpé quelques mois plus tard pour rejoindre une Charachka. Il y est prisonnier et travaille comme scientifique pour le régime, sous l'impulsion de Béria. Il développe des systèmes d'espionnage, notamment le micro sans fil baptisé plus tard par les américains the thing en 1945 et le système d'écoute Bourane. Il reçoit le prix Staline en 1947. Enfin libéré de la Charachka, Thérémine ne sait où aller et se porte volontaire pour travailler pour le KGB. Dans les années 1960, une fois en retraite des services secrets, il continue de fabriquer des instruments et d'enseigner au Conservatoire de Musique de Moscou.
Pendant toutes ces années, de l'autre côté de la planète, tout le monde pense que Thérémine est mort et enterré. Dès 1938, la thérémine est utilisé dans le générique d'une série radio The Green Hornet.
Dès 1945, Hollywood s'en sert dans des bandes originales de film comme La maison du docteur Edwards d'Alfred Hitchkock ou Poison de Billy Wilder. De son côté, dès 1949, le jeune Robert Moog, va se passionner pour la thérémine qu'il apprend d'abord à fabriquer dans des magazines. Il consacrera sa vie à la musique, inventant les premiers synthétiseurs Moog qui vont révolutionner la musique, très fortement inspiré par la thérémine. Les Rolling Stones ou les Beach Boys utilisent également la thérémine dans des morceaux qui deviendront des tubes.
Robert Moog (1934-2005), le père du synthétiseur, reçoit le "Polar Music Prize" des mains du roi de Suède Carl XVI Gustaf (14.05.2001) ©AFP - HENRIK MONTGOMERY / SCANPIX SWEDEN / AFP
Dans les années 60, un critique du New York Times retrouve Léon Thérémine à Moscou et écrit un article dans le journal américain où l'on apprend qu'il est toujours vivant ! Il faudra attendre la Perestroïka pour que Léon Thérémine puisse enfin voyager à l'Ouest, et ça n'est qu'au début des années 1990 qu'il rencontre à nouveau un bref succès, donnant des conférences en Europe et aux États-Unis. Il meurt à Moscou en 1993 à l'âge de 97 ans.
Pour en parler
Lydia Kavina Ouverture dans un nouvel onglet, compositrice, théréministe
Laurent de Wilde , jazzman, compositeur, auteur
Thierry Frenkel Ouverture dans un nouvel onglet, theremingenieur, informaticien, théréministe
Emilia Robin , historienne
Albert Glinsky Ouverture dans un nouvel onglet, compositeur, musicien et auteur
Bibliographie sélective
Theremin : ether music and espionnage, Albert Glinsky
Switched on : Bob Moog and the Synthesizer Revolution, Albert Glinsky
La fugue Thérémine, Emmanuel Villin
Les fous du son, Laurent de Wilde
Corps conducteurs, Sean Michaels
La musicienne et compositrice Carolina Eyck et son thérémine (Fredersdorf, Allemagne, le 18.03.2008) ©Maxppp - Z1015 Bernd Settnik / Deutsche Presse-Agentur/MaxPPP
Film documentaire
Theremin : an electronic Odyssey, Steven M. Martin (1993)
Textes lus (extraits) par Marguerite Capelle (interprète), Sara Louis et Grégoire Tachnakian (comédiens)
Musique
Bohuslav Martinu, Fantasia pour thérémine joué par Lydia Kavina - Sérénade mélancolique en si bémol min opus 26 de Tchaïkovski - Theremine pendulum, Gordon Manahan Saskatghewan - Nous soldats de l'Armée rouge - Free music, Percy Grainger - Scène d'amour, Rob Schwimmer - L'alouette de Mikhail Glinka - Meeting Peggy, extrait de la BOF d'Indiania Jones - Concerto pour violon numéro 2, Henry Wieniawski - Rythmicon, Andrewj Smirnov - Metaphysical space, Patrick Pulsinger - Earth and sky, Carolina Eyck - Symphony n°7 en C majeur opus 60, Leningrad, Chostakovitch - Old viennese dances n° 2, Liebesleid - Quatuor à cordes n° 8 en ut min de Chostakovitch - BOF La maison du docteur Edwards d'Alfred Hitchcock - BOF Le jour où la terre s'arrêta, Bernard Hermann - Lunar Rhapsody, Samuel Hoffmann - Here comes the sun, Beatles - Humming, Portishead - Love is here to stay (Gershwin) par Pamelia Stickney.
Archives diffusées
Ina : Miklov Rozsa
BBC : Robert Moog
Olivia Mattis interviewe Léon Thérémine, Bourges, France, 1989, Olivia Mattis Collection, archives des Universités de Yale et StanfordOuverture dans un nouvel onglet
Générique
Un documentaire de Clémence Bucher, réalisé par Thomas Dutter. Documentaliste Ina, Mylène Touchais. Coordinatrice, Christine Bernard. Attachée de production et édition web, Sylvia Favre-Steyaert.
Dimanche 13 octobre 2024 sur :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/toute-une-vie/de-lev-termen-a-leon-theremine-1896-1993-une-traversee-des-ondes-9459446
Le thérémine, cet instrument que l’on joue… sans y toucher !
Publié le 29 janvier 2026 par Lud Fedon sur :
https://www.artips.fr/articles/theremine-instrument-toucher
En Russie, une erreur de laboratoire donne naissance à un instrument révolutionnaire. En contrôlant des champs magnétiques avec ses mains, Léon Thérémine invente une nouvelle façon de faire de la musique. Longtemps incompris, son instrument, le "thérémine", deviendra pourtant l’un des fondements de la musique électronique.
Russie, début des années 1920. Dans un laboratoire de physique, le chercheur Léon Thérémine teste un appareil de mesure. Tout à coup, il se rend compte que les mouvements de sa main provoquent un sifflement, un peu comme le son d'un violoncelle.
Au lieu de vouloir éliminer cette interférence, ce musicien amateur s'y intéresse. Il décide de modifier l’appareil de mesure pour en faire… un instrument de musique !

Léon Thérémine. Photo : DR
Baptisé thérémine, le nouvel instrument possède deux antennes autour desquelles se déploie un champ magnétique. Et comment fait-on pour "jouer" de cette machine ? Eh bien, pour contrôler son sifflement, l’antenne verticale fait varier la hauteur de la note et l’horizontale permet de jouer sur le volume.

Modèle de thérémine, Bakken Museum, Minneapolis, Minnesota. Photo : DR
Concrètement, pour modifier le son, le musicien perturbe le champ magnétique en rapprochant ou éloignant ses mains de chacune des antennes. Cela ressemblerait presque à un numéro de prestidigitateur !
Bien vite, Thérémine présente son invention en Russie, en Europe et aux États-Unis. Les démonstrations font leur effet : pour la première fois, un musicien joue de son instrument sans même le toucher !
Mais l’inventeur, qui rêvait de rendre accessible la pratique musicale grâce à son instrument, déchante bien vite. Le grand public n’est pas prêt pour acheter cette curiosité…

Léon Thérémine en train de jouer du thérémine, décembre 1927, Paris. Photo : DR
Pourtant, avec son instrument, Thérémine pose sans le savoir les bases de la musique électronique. Et ce, bien avant les boîtes à rythmes des années 1980 ! Son instrument se retrouve aussi bien chez les rockeurs que dans les musiques de films de science-fiction... On pourra citer par exemple son utilisation dans la chanson Whola Lotta Love de Led Zeppelin ou dans le film Mars Attacks Heureusement, Thérémine vit suffisamment longtemps pour constater l’impact de son invention. Après quelques années sombres, où il est forcé de travailler pour l'espionnage soviétique, il peut enfin constater l'impact de son invention. Âgé de 94 ans, il est convié à de prestigieux festivals de musique électronique !
Theremin jouant de son instrument. Photo : Capture d'écran Youtube. Cliquer pour voir la vidéo.
Publié le 29 janvier 2026 par Lud Fedon sur :
https://www.artips.fr/articles/theremine-instrument-toucher
