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Publié par J.L.D.

Qui est Henri Tachan ?
Souvent interdit sur les ondes, invisible à la télé, Henri Tachan a su réunir autour de lui un public fidèle, qui l’a suivi tout au long de sa carrière débutée dans les années 60. Doté d’une plume exigeante et subtile, fin mélodiste, c’est un personnage unique, un solitaire écorché vif, chez lequel couve toujours le feu de la révolte. Ce grand amoureux que l’on devine très timide, a signé quelques-uns des plus beaux textes de la chanson du XXème siècle finissant, d’une poésie à l’imagination fertile et riche. Aujourd’hui, il demeure le symbole d’une chanson française combative et de qualité.

documentationzebrockorg  Sur : https://www.melo-app.com/notice/henri-tachan


L’attachant Henri Tachan


Jean de Laguionie
Journaliste, critique musical

juillet 22, 2023 sur :https://www.lokko.fr/2023/07/22/lattachant-henri-tachan/

Henri Tachan, un très grand auteur-compositeur, aussi culte que méconnu, est mort le 16 juillet 2023. Un grand rebelle qui a eu la mauvaise idée de disparaître le même jour que Jane Birkin, dont Alain Souchon disait : « son métier, c’est fâché« . Un portrait pour restituer la puissante liberté de ce discret géant de la chanson française.

Juliette Gréco (qui l’avait chanté) ne comprenait pas pourquoi il était à ce point ignoré des médias traditionnels (**). Lorsqu’on cogne un peu trop fort contre la censure, la corrida, la chasse, l’église ou l’armée, on ne se fait pas que des amis. C’est aussi pour cela que la bande à « Charlie » (Hebdo), canal historique, celle de Cabu, Reiser, Wolinski, Gébé, Siné, Willem, l’aimaient au point d’illustrer 5 albums de ses chansons. Cavanna écrivant même à son endroit : « Si Tachan dessinait, il dessinerait dans Charlie Hebdo. Mais Tachan ne dessine pas il chante. Si le papier restituait des sons, Tachan chanterait dans le journal mais le progrès est en retard dès lors, c’est sur scène ou sur disque qu’il le fait« .

Henri Tachan faisait partie de la grande caste des trop grands oubliés ou négligés de la chanson contemporaine. Fait accablant : sa disparition le même jour que Jane Birkin. Autant dire que la presse dans son ensemble a pu continuer à ignorer celui qui -n’en déplaise à ces supposés spécialistes ès musique- était un ACI (Auteur/Compositeur/Interprète) au milieu des années 60 de la première importance. Pensant sans doute bien faire, « Le Parisien » l’a qualifié de « militant ». Rien de plus faux : dans « Ni gauche, ni centre, ni droite », il affirmait : « Dans mon parti y a que moi et c’est déjà le merdier« . En revanche, c’est un bien bel hommage qu’on a pu lire, dès le lendemain de l’annonce de son décès, dans « L’humanité ». Le quotidien communiste titrant « Un anar au chant d’honneur ». Aussi, un salut dans « Le Monde » et dans « Le Figaro » mais pas une ligne, honteusement, dans « Libération ». Pas un mot dans les radios et encore moins à la télé à propos de son décès. Normal…

Brel, un parrain

Années 60 : pas la meilleure des périodes pour démarrer une carrière dans la chanson. Quand dans le même temps, sortant d’un poste périphérique un Dick Rivers, à la tête d’un combo ayant pour nom « Les chats sauvages » vous assure qu « Ma petite amie est vache !« . Un autre ton… Leny Escudero à qui on peut l’associer dans une certaine rage à dire avait figuré, à ses débuts, dans les hit-parades. Tachan jamais.

Jacques Brel, Tachan l’a rencontré quand il travaillait comme serveur dans un grand hôtel de Montréal au Québec. Il s’en souviendra en écrivant un peu plus tard : « La table habituelle » et ensuite « Le garçon qui te sert ». Brel le persuade de rentrer à Paris et de se lancer véritablement à l’assaut du métier. Tout naturellement, c’est vers l’interprète du plat pays qu’il demandera un mot de présentation au verso de son premier opus. Le grand Jacques ne se fait pas prier et alerte : « Madame, le lion est lâché. Écoutez-le rugir et vous connaîtrez l’ampleur de votre puissance/ Écoutez-le rugir et vous connaîtrez les hommes humiliés« . Souchon a dit de lui : « Tachan, il est comme Ferré, son métier c’est fâché ».

Une époque cul béni

Heureuse époque où les aînés avaient à cœur de prendre sous leurs protectrices ailes des plus jeunes qu’eux. Dans ce premier 33 tours, comme on disait alors, la filiation avec Brel est assez évidente. Du reste Gérard Jouannest son pianiste signe 4 musiques des 12 chansons, les autres étant l’œuvre de Jean-Paul Roseau, longtemps son complice au piano. Mais autant Brel pouvait parler des « folles » autant Tachan avec sa complainte « Les PD » se vautre véritablement. Mais c’est un peu aussi (hélas) le contexte de l’époque. Nous sommes en 1965. Et bien que flanqué du prestigieux « Grand Prix de l’Académie du disque Charles Cros », le disque ne fera l’objet d’aucun passage radio. Du coup, dès l’album suivant, Tachan, entendant régler son compte à ce boycott, attaque d’entrée de jeu avec « La Censure » : « Elle est malingre, elle est petite, elle boit des grands verres d’eau bénite ; tout en feuilletant le glossaire des mots interdits par dieu le père… » C’est l’époque où dans les programmes télés, genre « Télé 7 Jours », on n’omettait jamais d’indiquer la cote de l’avis catholique. Et où un rectangle blanc apparaissait en bas de l’écran dès qu’un film trop sulfureux -de Roger Vadim, par exemple- était programmé. Quand on n’a pas charcuté le film avant diffusion. Cela ne s’arrangera pas avec la censure lorsqu’en 1969 -sur son troisième album- et pour évoquer le retour à la vie civile des appelés partis faire la guerre en Algérie, il écrira : « Après les drapeaux ».«Hissez les drapeaux ! Une minute de silence !, Garde-à-vous les héros, Pour l’honneur de la France !, Mais après les drapeaux, L’autre vie recommence, Le retour des héros, Se passe sous silence !« 

Les grandes années Polydor

Tachan déboule chez Polydor, label prestigieux dans ces années 70 où sous la direction de Jacques Bedos (oncle de Guy et très aimé par les artistes), il pourra compter sur la griffe de Jean Musy pour signer les arrangements. Il deviendra « camarade d’écurie » des Reggiani, père et fils, Georges Moustaki, Philippe Clay, Jean-Claude Pascal, Giani Esposito, Guy Bontempelli mais aussi des jeunes pousses que sont alors Dick Annegarn , Jean-Michel Caradec, Alex Busanel, Jean-Pierre Kernoa et aussi un certain Maxime Leforestier (lequel signera deux musiques pour Tachan sur ce premier album « Les amis » mais aussi « Demain la rue »).

L’ami Pierre Perret

Pierre Perret s’est dit très affecté par son décès. Il faut dire qu’avec Rebecca sa femme, ils avaient produit les deux microsillons suivants de Tachan (en 1978 et 1979) sur leur label « Adèle ». « Tachan s’est barré ! Henri, c’est la première vacherie que tu nous fais. T’avais pas le droit de te tirer comme ça en loucedé, sans rien dire à personne, comme d’hab ! » écrit visiblement très ému Perret sur sa page Facebook. « Tachan, il tape souvent plus fort que moi, il affirme-t-il être pour tout ce qui est contre. C’est pour le moins radical », ajoutait le créateur de « Lily ».

« A mon chêne pas de glands »

Henri Tachan a longtemps chanté qu’il ne voulait pas d’enfants : « A mon chêne pas de glands, à mes joues pas de larmes, pas d’enfants pour la paix des ménages, petits témoins tremblants des couples en naufrage« . Mais il finira par en avoir 2 qu’il fera poser au verso de son CD de 1996, dédiant l’album entier à leur mère. Et plus tard une complainte à son fils : « Dans les yeux de Clément ». Et une autre pour sa gamine : « Ne touchez pas à ma petite fille ». Et comment en écoutant sa poignante « Marche funèbre des enfants morts dans l’année », ne pas songer à ces 189 enfants (et peut-être bien davantage) décédés depuis le début de l’année en tentant de rejoindre nos rivages.

Un chanteur animaliste

Bien avant que ce ne soit tendance, Tachan n’a jamais caché son amour des animaux. Nombre de chansons en attestent : « La chasse », « Ma chienne », « Manolette », « Le parti des p’tits lapins », « Goupil », « Les animaux du bois de Vincennes », « Zoizeaux », « Le chat de Mickie », « Papa aimait les p’tits bourrins ».

Tout comme Léo Ferré, Tachan vouait un culte à nos grands poètes (Baudelaire, Verlaine, Apollinaire…) mais tout comme lui était un fou furieux de musique classique. « Je me shoote à Beethoven » confiait-il. Cet amour inconditionnel est parfaitement palpable à l’écoute de nombres de ses chansons. « Le joueur de flûte », « La Nuit, La Nuit, La Nuit », « Inventaire », « Le violon »,  « Trémolos », « Quand Tchaïkovski pleure »…

Un autre thème récurrent : le cinéma. Dans « Laurel & Hardy », « Au cinéma papa », « Greta », « Errol Flynn », « Valjean Ventura ». Et la mort : « Un homme va mourir », « Pas vieillir, pas mourir » (je ne veux pas…) et « Ceux qui restent » : « Ce ne sont pas les morts qui nous font le plus de mal, Mais le chagrin de ceux qui restent, Les morts s’en foutent, eux, Ils se tirent, se font la malle, Z’ont même plus besoin de leur veste ». 

(*) « C’est bien parc’que j’m’app’lais Tachdjian, Que cet enfoiré d’enseignant, M’a fait re-répéter mon nom, En travers en large et en long, J’avais onze ans c’était la nuit, J’y repense encore aujourd’hui  » (extrait de la chanson « Dupont ») .

(**) « On a autorisé et pardonné à Brel, à Brassens, à Ferrat d’avoir évoqué nombre de sujets polémiques. Mais on ne lui a pas pardonné. C’est très étrange. Je n’ai jamais compris pourquoi il n’a jamais eu plus de reconnaissance que cela » : Juliette Gréco à propos d’Henri Tachan dans un extrait du documentaire « Henri Tachan : Le prix de la révolte ». Réalisation Christophe Régnier  (2017).

À lire également, de Claude Sabatier : « A propos de Tachan » (préface de Pierre Perret), Arthemus édition (2002).

Les 5 chansons incontournables

Dessin de Man.

Les z’hommes : « Font leur pipi contre les murs, Quelquefois mêm’ sur leurs chaussures, Pisser debout ça les rassure, Les z’hommes, Z’ont leur p’tit jet horizontal,
Leur p’tit siphon, leurs deux baballes, Peuv’ jouer à la bataill’ navale, Les z’hommes
« .

La Chasse : « Sur une boîte de conserve sur un pigeon d’argile vingt dieux c’est pas pareil, Pour les chasseurs les vrais il faut de la chair tiède avec du sang vermeil, Pour les chasseurs les vrais il faut que ça palpite de plumes et de ramage, Il faut que ça ait peur il faut que ça se sauve bref que ce soit sauvage, La Chasse, C’est le défoul’ment national c’est la soupape des frustrés, La Chasse, C’est la guéguerre permise aux hommes en temps de paix« . 

Manolette : bien avant Francis Cabrel et sa Corrida, Tachan chantait en 1979 sur l’album « Inventaire » : « On est taureaux de combat, Mais des combats y’en a pas, Il n’y a qu’un génocide, Pour nous Dachau, c’est Madrid, Notre signe c’est pas l’étoile, Mais tous les sanglants pétales, Que nous plantent dans le corps, Les lances des picadors« .

Entre l’amour et l’amitié : « Entre l’amour et l’amitié Il n’y a qu’un lit de différence, Un simple « pageot », un « pucier » Où deux animaux se dépensent, Et quand s’installe la tendresse Entre nos corps qui s’apprivoisent, Que platoniquement je caresse De mes yeux ta bouche framboise, Alors l’amour et l’amitié N’est-ce pas la même romance ? Entre l’amour et l’amitié, Dites-moi donc la différence…« .

Faire une pipe à pépé. Avec cette chanson, parue en 1978 dans l’album « Une gare », Henri Tachan touchait à un tabou. Tout comme pour les personnes handicapés, parler sexualité était prohibé : « Je vous préviens si vous ne reprenez pas le refrain avec moi on y passera la nuit, tant pis pour vous si vous ratez le dernier métro » lâchait-il sur la scène de Bobino en 1982. « Fais une pipe à Pépé, avant qu´il ne la casse, Une p´tite langue à Mémé avant qu´elle ne trépasse, Et ne pousse pas des cris d´horreur, d´indignation, Ils sont comme toi, les vieux, ils ont l´cul sous l´chignon« .

 

Jean de Laguionie
Journaliste, critique musical

juillet 22, 2023 sur :https://www.lokko.fr/2023/07/22/lattachant-henri-tachan/

 

Henri Tachan Un lion rugissant. 1939-2023

SB juillet 2023 sur : 
https://dicochansonfrancaise.fr/tachan/tachan-bio.html

 
Méconnu du grand public, Henri Tachan n'en reste pas moins, à l'instar d'un Aurenche ou d'un Béranger, une figure incontournable de la chanson française contemporaine. Avec ses textes tantôt grivois, tantôt tendres et poétiques, il a su, tout au long de sa longue carrière, offrir une chanson engagée, sincère, touchante. Sa disparition, le 16 juillet 2023, le même jour que Jane Birkin, rappelle au public à quel point il fût important. Retour sur une carrière atypique et un homme rugissant.

A seulement vingt-deux ans, il quitte la France pour le Canada et commence à travailler dans un cabaret où le patron, Claude Léveillée, lui aussi chanteur, le remarque pour ses talents artistiques et son verbe. Il commence à monter sur scène sous le nom de Tachan. Brel, déjà célèbre, et en tournée en Amérique du Nord, découvre ce jeune artiste à la gouaille libertaire et l'encourage à poursuivre dans le métier, lui conseillant de participer à des auditions et des radios-crochets.

Ce que fait Henri de retour au pays. Lors de l'un de ces jeux télévisés, il est remarqué par la chanteuse Mick Micheyl. Grâce à son aide,  il enregistre en 1965 Les mauvais coups et reçoit le prestigieux Grand prix de l'académie du disque Charles Cros. Dans la préface de l'album, Brel écrit : "Le lion est lâché. Écoutez le rugir... Celui-là rugit fort et rugira longtemps." Sa carrière est lancée. Dans la lignée d'un Brassens, d'un Ferré ou d'un Perret, il n'en a pas pour autant la popularité. Il remplit cependant les salles parisiennes, en premières parties de Gréco ou de Brassens. Mais il faut attendre 1975 puis 1978 pour que son nom seul soit en tête d'affiche du Théâtre de la Ville puis de l'Olympia. Ses textes et ses chansons sont sans concession pour la société qu'il attaque sans retenue : les curés, la police, la bienséance bourgeoise des années 70, la guerre, tout y passe. Ce qui lui vaut d'être sous la menace permanente de la censure, notamment celle des années Miterrand. Mais une partie de la population et du métier le soutient et continue de suivre son oeuvre. "J'aime Tachan, insolent, triomphant. Il cogne, il mord, il ravage, il saccage, il taille en pièces, il poignarde en plein cœur… Il aime, je l'aime." dira Serge Reggiani de lui.

Dans la discrétion médiatique (voire dans l'indifférence générale), il se produit sur scène, où il chante une oauvre unique, entre grivoiserie et engagement politique et publie régulièrement ses albums jusqu'au dix-huitième et dernier sorti en 2007 : De la pluie et du beau temps. Marié avec Armelle et père de deux enfants, Clément et Jeanne, il mène une vie en retrait de la vie sociale. Lui qui n'a jamais été médiatique se cache dans l'Est de la France, puis dans le Sud, près d'Avignon. Il y mène une vie d'ermite et de retraité lettré, amateur de Beethoven et de cinéma, au milieu de ses disques, de ses livres et de ses cassettes vidéo. En 2006, Christophe Régnier le rencontre et entreprend un travail d'hommage en préparant un documentaire qui paraîtra en 2014 : Henri Tachan le prix de la révolte. Une intégrale de l'artiste sort entre 2002 et 2007 aux éditions Naïve, avec des pochettes illustrées par son ami Cabu.

Pendant les dernières années de sa vie, il se comporte en casanier, dans son jardin, dans sa tannière, en écoutant les musiciens qu'il aime, en regardant les films qu'il aime, ce qui lui donne l'envie d'écrire parfois. Mais la scène, les studios, c'est terminé. Il ne publiera plus rien jusqu'à ce 16 juillet 2023 où il s'éteint à son domicile avignonnais. La mort le même jour de la très populaire Jane Birkin éclipse celle de cet artiste solitaire.

SB juillet 2023 sur : 
https://dicochansonfrancaise.fr/tachan/tachan-bio.html

Henri Tachan

https://www.fnac.com/Henri-Tachan/ia195035/bio#fulldescription

Moins médiatique que les autres chanteurs de son époque, Henri Tachan n'en est pas moins un fin lettré qui, comme Léo Ferré et tant d'autres, flirte avec Verlaine, Rimbaud et Baudelaire. Son goût musical pour Beethoven ou Schubert se ressent dans les sonorités de ses musiques.

Chanteur inclassable, ses chansons à l'humour noir bousculent le monde du spectacle et dénonce une vision de la connerie et du bien-pensant hypocrite. Les thèmes qu'il aborde sont ceux des auteurs de ces années-là : l'armée, le clergé, les bourgeois, les médias et tant d'autres sont ainsi passés au crible de la rébellion de cette époque tout en restant d'actualité. D'autres chansons abordent des thèmes plus tendres, passant de ses coups de gueule à ses coups de coeur.

https://www.fnac.com/Henri-Tachan/ia195035/bio#fulldescription

 Henri TACHAN


Publié le 8 août 2023 par Passion Chanson https://www.passionchanson.net/2023/08/08/tachan-henri/

L’auteur compositeur interprète français Henri TACHAN naît le 2 septembre 1939 à Moulins sous le  vrai nom Henri Tachdjian. Sa scolarité se déroule dans un pensionnat puis dans un lycée parisien. Il entre ensuite à l’école hôtelière de Thonon-les-Bains et se fait embaucher comme serveur à l’hôtel Ritz de Paris. A 23 ans, il part pour le Canada où il pratique la même activité au Québec. Après son boulot quotidien, il va « Chez Clairette » à Montréal où il récite des poèmes au cours de soirées littéraires. Un soir, l’un de ses spectateurs s’appelle Jacques Brel et il lui conseille de s’essayer à la chanson. Il suit ce conseil avisé et commence donc à agrémenter ses poèmes de musique pour en faire des chansons. Il revient alors en France avec l’idée fixe d’enregistrer ses chansons sur un disque. Et il le fait dès 1965 avec un premier album directement commercialisé par Barclay. Celui-ci connaît d’emblée un succès qui lui fait obtenir le Grand Prix de l’Académie du disque Charles-Cros d’une part et qui permet à son chanteur de se produire en première partie de Juliette Gréco à l’Olympia de Paris d’autre part.

Des premières parties d’artistes renommés, Henri Tachan va en faire un certain nombre par la suite: Isabelle Aubret et Félix Leclerc en 1968, Pierre Perret en 1970 et Georges Brassens en 1972. Il prend donc son temps avant de se présenter en vedette face au public. En 1969, il se classe deuxième en représentant la France au Festival de la Chanson de Sopot en Pologne. Il y chante « La table habituelle ».

En 1975, il obtient enfin un passage en tête d’affiche sur la scène de l’Olympia le temps d’un soir. Et, la même année, il reste deux semaines au Théâtre de la Ville. En 1978, une de ses chansons obtient quelques diffusions sur certaines radios: « La tendresse ».

Si Tachan a mis du temps pour être reconnu par le public, c’est aussi parce que son répertoire très original n’a pas séduit le plus grand nombre. De grande qualité, son humour noir n’a pas l’heur de plaire à tout le monde. Et ses chansons, musicalement influencées par Beethoven ou Schubert, sont généralement de petites œuvres appréciées par assez peu de gens. Et c’est dommage. Point de vue textes, les thèmes sont eux aussi assez peu racoleurs et évoquent les travers de notre société. On peut dire sans risquer de se tromper que Tachan est aussi un artiste sanguin qui alterne son écriture entre coups de cœur et coups de gueule. Pas étonnant dès lors que les media s’y soient peu intéressés. Et, encore une fois, c’est dommage car ils ont ainsi privé un grand nombre de personnes de la possibilité de faire connaissance avec un artiste entier qui mérite mieux.

Le 30 juillet 2015, Henri Tachan semble volontairement mettre fin à sa carrière de chanteur en participant, au cours du Festival « Chansons de parole » de Barjac, à un spectacle qui lui est consacré par Yves Jamait: « Au revoir Tachan ». L’artiste tire définitivement sa révérence le 16 juillet 2023 à Avignon. Apprenant son décès, l’ami de toujours, Pierre Perret, a fait part de toute sa tristesse sur les réseaux sociaux.

GAUTHIER Philippe

Publié le 8 août 2023 par Passion Chanson https://www.passionchanson.net/2023/08/08/tachan-henri/

Henri Tachan, le misanthrope généreux

Il n'a certes pas connu la même renommée que ses contemporains Brel, Reggiani ou Ferré. Le poète chanteur Henri Tachan a tout de même marqué de son empreinte la chanson française. Il s'est éteint à l'âge de 83 ans le 16 juillet 2023 a Avignon 

Publié le : 18/07/2023  Par :
Bertrand Dicale sur : https://www.rfi.fr/fr/musique/20230718-henri-tachan-le-misanthrope-g%C3%A9n%C3%A9reux

« J’aurais voulu être Verlaine ou Beethoven, ou bien les deux. Je fais des chansons. » Il y a une vingtaine d’années, Henri Tachan voyait sortir les premiers volumes de son intégrale discographique et, tout en continuant le métier de chanteur, il songeait déjà à prendre sa retraite.

Elle viendrait quelques années plus tard, après la sortie de son album De la pluie et du beau temps, en 2007, très distraitement accueilli par la presse et les professionnels. Avec ses yeux de nuit et son sourire gouailleur, il avait conclu qu’il ne fallait pas prolonger la partie et s’était retiré à Avignon, paisible vieille cité qui, un mois par an, se saisit de la frénésie du spectacle – et c’est en ce mois-là qu’il s’y est éteint à l’âge de quatre-vingt-trois ans. 

« Quand vraiment ça ne va pas, je pense à Van Gogh - et alors ça va mieux. Il avait du génie et il est mort sans avoir vendu une seule toile. Moi, je ne me suis jamais plaint de ma situation : artiste, ce n’est pas un métier, c’est de la folie, en vivre pendant trente-cinq ans, c’est vraiment un miracle. » Il n’y avait pas d’amertume chez Henri Tachan, alors que d’autres à sa place se seraient aigris 

En 1965, toutes les fées semblaient penchées sur son berceau : un premier album avec quelques phrases de féroce admiration de Brel sur la pochette, le grand prix de l’Académie du disque français dans la foulée, puis la première partie des récitals de Juliette Gréco à l’Olympia, et le titre donné par la presse de « chanteur le plus censuré de France ». Car, comme il le dit lui-même, « au début, je n’osais pas être tendre ni me marrer. Ça se traduisait par des cris de révolte et on m’a mis une étiquette. Pierre Perret, c’était le rigolard ; Léo Ferré, c’était l’anar; Tachan, c’était le gueulard. »

Et il va gueuler, Tachan ! Il frappe à bras raccourcis sur chaque médiocrité du quotidien, sur chaque veulerie ordinaire. Dans Dancing, il chante : « Couples illusoires/Couples de frotteries/Couples de déboires/Et de touche-pipi ». Il chante dans Dans les grands magasins : « Dans les grands magasins/On vend des mitrailleuses/Pour les charmants bambins/La panoplie honteuse/Du futur assassin ». Dans Les Hommes, il chante : « Ils se racontent leurs conquêtes/Leurs péripéties de braguettes/Dans des gros rires à la buvette/Les z’hommes/Ils racontent leur guéguerre/Leur nostalgie de militaires/Une lalarme à la paupière/Les z’hommes. » Il s’en prend aux drapeaux, aux uniformes, aux hypocrites, aux tièdes, aux braves gens fiers de l’être... C’est un Aznavour frotté de Léon Bloy, un Brel épicé par Léautaud, un misanthrope tenté par le masochisme. 

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Tachan n’est pas un révolutionnaire, mais un révolté. Né à Moulins dans l’Allier le 2 septembre 1939 alors que le monde bascule dans la guerre, il grandit dans des pensionnats catholiques et se dirige vers l’école hôtelière qui le conduit à une place de garçon au Ritz, palace parisien. 

Tout cela lui fait voir qui sont les riches, les puissants, les hautains, les méchants, et lui fait éprouver l’humiliation de celui qui prend des coups et doit remercier. « Ce qui me choque, ce ne sont pas des choses précises et sociales, mais des comportements humains : le chasseur qui va tuer pour s’amuser, les grosses brutes pas capables de se baisser pour cueillir une fleur à une fille, ceux qui battent les bêtes, la mort qui est tout le temps présente et qui fait que la vie s’arrête. Finalement, mes chansons que je préfère sont des chansons qui ne servent à rien. » Elles sont belles, ses chansons qui ne servent à rien, comme Pas vieillir, pas mourir – « C’est fou de chanter ça, mais tout le monde s’y reconnaît, personne ne veut vieillir, personne ne veut mourir. Autant l’écrire ! »

Alors, il met tout le temps les pieds dans le plat, éperdu de compassion bougonne, généreux comme un fleuve, ivre de ces tendresses que personne n’ose (comme dans Les Chiens qui suivent les enterrements), virulent jusque dans l’amour paternel, paillard avec une passion de missionnaire (le légendaire Une pipe à Pépé qui aborde avec gaieté la question de la sexualité du troisième âge). Mais, entre ses chansons trop musquées pour la radio et ses gifles à tous les conformismes (y compris l’anticonformisme), il ne s’est jamais vraiment installé là-haut où les chanteurs tutoient la gloire et ses millions.

Mais il marque des générations de lycéens avec ses charges éperdues contre les drapeaux, l’armée, la chasse, les hypocrites… Ce n’est pas un hasard si ses chansons sont mises en images par les dessinateurs de Charlie (Cabu, Wolinski, Vuillemin, Gébé, Reiser, Willem) en quatre jolis volumes, entre 1982 et 1984. Et les « tachanistes » se retrouvent comme une conspiration secrète, émue à jamais de ses saines colères qui rendent meilleurs ses auditeurs – journalistes du service public, pasteurs protestants, éditeurs de poésie, hauts fonctionnaires, on les croise au hasard, le cœur fervent, orienté par la boussole d’un amour des hommes qui oblige à les engueuler. 

Il n’aura pas été Verlaine ou Beethoven, mais Tachan fera longtemps des chansons, les présentera avec passion sur des scènes trop souvent discrètes, ivre de compassion pour quiconque souffre par la faute des humains.

Publié le : 18/07/2023  Par :
Bertrand Dicale sur : https://www.rfi.fr/fr/musique/20230718-henri-tachan-le-misanthrope-g%C3%A9n%C3%A9reux

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